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Johan Centime


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Johan Centime
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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-29

Si des belles histoires, je voulais me gausser…

 

Je me laisserais aller à déclamer des vers tout en travestissant leur nature première…

 

En bon français, on parlerait de mixtion « corruptrice » ou, comme on dit de nos jours, d’un vulgaire remix.

 

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un long voyage (jusqu’ici, tout va bien)… qui dès les premières heures se termine en naufrage (c’est là que cela se corse, travestissement oblige)…

 

Pour que je fasse tourner les rimes du sieur Joachim du Bellay comme du lait de chèvre (excusez le jeu de mots), il faut bien m’accorder un projet singulier.

 

Je vais donc parler vrai… Je rends « à contrario » hommage à un procédé qui corrompt les mœurs langagières…

 

Je cite : « la langue de bois ».

 

Autrement appelée xyloglossie (je cite Wikipédia) ou xylolalie, la « langue de bois », ou « langue de chêne » pour les Russes, ce qui revient au même, est une figure rhétorique appréciée notamment des politiques consistant à détourner la réalité par les mots.

 

Un détournement linguistique n’ayant rien à envier aux détournements d’avion ou de bateau…

 

C’est là que l’on retrouve mon propos originel…

 

Ulysse a fait naufrage, car les dieux détournèrent son navire du parcours initial…

 

D’autres manipulent le propos pour détourner le sens de la conversation du but que l’on s’était initialement fixé…

 

Pour faire simple…

 

On embarque à bord d’une frégate… On se retrouve sur le radeau de La Méduse, comme en ce jour sinistre du 2 juillet 1816.

 

Comme Ulysse, la Méduse fait partie du folklore mythologique… Elle a des rites serpentins du fait des cheveux hérités de sa mère, elle louvoie donc et, mise en face de ses contradicteurs, elle transforme tout en pierre…

 

La langue de bois part du même principe. Ophidienne, elle louvoie, mais au final, elle transforme la langue en pierre, elle ne l’élève pas, mais la fige dans une posture minérale qui la pousse à couler dans la mauvaise foi, là où elle doit flotter…

 

Quand, au détour d’un dialogue, vous rencontrerez, médusé, un de ces experts de la langue de bois, dites vous que, comme Ulysse, long sera le voyage vous menant à bon port…

 

Et qu’il n’est pas exclu que vous fassiez naufrage…

 

Johan Centime

 

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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-25

Parlons peu… Parlons bien… Rompons le silence même s’il est d’or… Commençons par le verbe, et cela, comme tout langage…

 

Rendons témoignage de ce que nous voyons, identifions-le par des sons, retranscrivons-le par des mots.

 

Au commencement était le verbe et le verbe se fit caractères… puis lettres… puis contes de fées.

Tout serait beau si les mots avaient gardé leur pouvoir initial…

 

Et si, et si, et si… Avec des si on mettrait des villes en bouteille.

Et on entreprendrait, il faut bien l’avouer, avec X inconnues, de bien savants calculs.

 

Mais ne voilà-t-il pas que vint la dichotomie… Le yin accompagné du yang... Le jour et la nuit… Une gémellité manichéenne qui donna au mot un frère jumeau, le chiffre.

 

Qui avouons-le, s’il a sa magie qui m’est bien étrangère, à défaut de rêver, semble avoir pris le trône, en ce bas monde, des grandes priorités…

 

Advinrent les chiffres, les nombres, les racines carrées, les équations et le… décompte des faits.

 

Le monde se divise donc en deux catégories : ceux qui le voient par proses, rimes plates ou croisées ou ceux qui entendent et comprennent la symphonie chiffrée.

 

Je te demande, lecteur, de quelle catégorie es-tu?

 

Es-tu matheux ou littéraire?

 

Réfléchis-tu en équations ou en vers?

 

Mots fléchés ou sudoku?

 

Es-tu poète ou courtier?

 

De quelle baronnie es-tu le féal ou le feudataire?

 

Dans la nuit de tes interrogations, hâte-toi de me répondre pour que tes mots m’éclairent…

 

Mais ce serait trop simple, frères de lettres ou de chiffres, et mal connaitre la richesse de la langue….

On dit que la parole est d’argent, et je vais le prouver…

 

Il semble qu’un mot dans le vocabulaire mondial langagier arrive à cette symbiose dont je ne puis rêver… celle voulant que, siamois, un mot puisse assurer la jonction entre le monde des chiffres et le monde des lettres…

 

Il apparait, ce terme, phonétiquement et structurellement dans le mot « conte », comme dans « conte de fées », et dans le mot « compte », du terme « décompte » des faits.

 

Et quoique, tête en l’air, je ne sois pas plagiaire, je veux rendre à Werber, de son prénom Bernard qui rime avec César, ce qui lui appartient.

 

Il dit dans un ouvrage une chose qui, jusqu’alors, m’avait bien échappé…

 

Que le mot conte en français, phonétiquement, rime avec le mot compte.

Et que cette correspondance se retrouve dans la plupart des langues :

  • en anglais : to count (compter), to recount (conter);
  • en allemand : zählen (compter), erzhälen (conter);
  • en hébreu : li saper (conter), le saper (compter);
  • en chinois : shu (conter), shu (compter).

 

Merci beaucoup, Bernard… Mais je reprends la main.

 

Que vous soyez binaire ou littéraire...

Du monde des chiffres ou de l’empire des lettres…

Adepte du conte de fées ou du décompte des faits…

 

Il y a toujours un mot qui saura vous unir, et même vous enrichir, dans le trésor de la langue.

 

Johan Centime

 

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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-24

Au procès de la langue, l’avocat dirait :

 

« Bien sûr, votre honneur, la langue est en constante évolution et ne demeure pas figée comme une pierre, elle est mouvement et de ce mouvement nait l’action d’où découle l’émotion ».

 

J’acquiesce… Il a raison, bien sûr. Comme dirait Galilée en parlant de la terre : « Et pourtant elle tourne », mais ce qui vaut pour elle, vaut bien pour la langue.

Elle tourne… C’est la preuve de son évolution qui lui fait échapper à la platitude des stagnations.

 

« Elle tourne », dirait donc ce bon vieux Galilée… Eppur si muove, si l’on veut coller à la réalité des faits.

« Comme le lait », ajouterai-je de ma légendaire taquinerie…

 

Arriverait le procureur qui dirait, dans une démonstration ad hominem : 

« Bien sûr, votre honneur, la langue est en constante évolution et ne demeure pas figée, elle roule comme une pierre, elle est mouvement, de ce mouvement poussé par l’élan, tout porte à croire avec la déclivité ambiante qu’elle finira dans le ravin. »

                           

Démonstration par l’absurde qui prouve que ce qui vaut pour la terre vaut pour la pierre et pour la langue, le mouvement et l’évolution pouvant l’amener au sommet comme dans les catacombes… de la renaissance à l’âge de pierre.

 

« Fine analyse, procureur, mais avancez vos preuves! »

 

Je cite, votre honneur, les dialogues modernes empruntés, est-il besoin de le rappeler, aux dialogues urbains…

Je cite : « J'sais pas kès(i) kisé passé » quand, en l’occurrence, « ce qui s’est passé » me semble plus adapté.

Je cite : « Ils croivent » avoir raison pour « croient », soit l’apparition, votre honneur, du verbe « croiver » dans le langage usuel, soit comme preuve d’un modernisme permissif ou d’une évolution (pour citer l’avocat), l’apparition d’un verbe du « 4e groupe » français regroupant certainement la minorité des néoverbismes éhontés.

« C’est trop bien, trop bien » pour « très »;

« Je kiffe » pour « j’apprécie »;

« Pallier à » pour « pallier ».

Et comme disent souvent, en guise d’adhésion interrogative à leurs arguments, nos contemporains :

« Tu vois, tu vois? » 

 

« Non, non, votre honneur », ai-je envie de répondre, « comme ma sœur Anne, je ne vois rien venir à part une inadéquation langagière et un mélange des sens, qui font utiliser un verbe de vision quand un verbe d’adhésion devrait être sollicité. »

 

Fort de ce constat, je dis, votre honneur, que l’évolution est nécessaire y compris dans la langue, mais tout dépend du sens de sa marche, car une évolution en marche arrière s’appelle une régression, et celle-ci n’est en rien un gage de pérennité, elle porte en elle les germes d’une prochaine extinction…

 

Car la pierre de la langue roule, mais dément le proverbe qui dit que, dans sa course, elle n’amasse pas mousse.

Celle-ci, bien au contraire, encombre parfois sa course...

 

Car la langue est pérenne quand autour d’elle s’agglomèrent les tournures élégantes, avec poésie, qui la rendent si belle, au lieu des scories langagières qui l’entourent les jours de voirie comme des encombrants tassés autour d’une benne.

 

Festina lente

 

Johan Centime

 

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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-24

Un célèbre habitant d’Italie du nom de Fellini qui, dans tous les films, promena son génie a dit un jour que :

«  Chaque langue voit le monde d’une manière différente. »

Phrase qui, dans le vaste monde des proverbes, trouva en Ibérie un singulier écho voulant que : « L’espagnol soit la langue des amants, l’italien celle des chanteurs, le français celle des diplomates et l’allemand celle des chevaux. »

Et, comme on dit à mon époque, last but not least : «  L’anglais est la langue du business. »

Dans la phrase précédente, comme un caillou dans la savate, il y a comme un intrus, un mot qui, pour partiellement plagier Cyrano, « de la phrase de son maitre a détruit l’harmonie, il en rougit le traitre ».

Le mot business.

J’aurais pu dire affaires, j’aurais pu dire commerce, j’aurais pu dire négoce, mais insidieusement dans le flot de mes mots s’est glissé un anglicisme comme une évidence…

Une évidence qui peut être comprise au sens français du terme comme une certitude irréfragable, mais également au sens anglais, comme une « preuve » des concessions que fait ma langue aux tendances du monde.

Il apparait que ma langue maternelle, désignée arbitrairement du fait de sa richesse et de la subtile ambivalence de ses mots comme la langue des diplomates, ne voit son ADN constamment menacé par les concessions que sa nature souple la pousse à accepter.

Certains adeptes du protectionnisme linguistique, dans un monde où le verbe se désigne sans frontières, verront en cela une capitulation et une perte de repères.

Moi, je n’y vois qu’un symbole voulant que, pour sa survie, comme les rêves d’enfant s’adaptant à la réalité, la langue garde en son sens sa nature profonde et dans son expression la marque d’une allégeance aux  influences du monde.

Et pour apporter à mon propos une légitimité scientifique, suprême trahison, je citerai un Anglais, Darwin, qui pensait qu’un animal plongé dans un environnement subit des mutations l’amenant à s’adapter aux contraintes de l’écosystème environnant pour assurer sa survie.

Je résume bien sûr, il l’a dit mieux que cela.

Et... il l’a dit en anglais.

Alors, je fais comme lui, et comme tout le monde…

Tout à l’heure, je serai speed (pour empressé), j’éteindrai mon mobile (j’aurais pu dire portable).

Pour partir en weekend (j’aurais pu dire repos dominical), j’enverrai ce mail (au lieu de courriel), j’allègerai mon programme overbooké (au lieu de surchargé).

J’espèrerai passer deux jours cools (appréciables) et fun (au lieu de distrayants).

Je ferai en bon français diplomate ce que ma langue me pousse à faire : je la tournerai sept fois dans ma bouche avant de sortir un mot et masquerai mon propos d’un voile de pudeur circonstancielle pour, en toutes convenances, m’adapter aux réalités du monde et être compris de lui… tout en préservant mes intérêts.

Et espérer par là négocier une trêve, trouver un accord, capituler un peu, pour durer plus longtemps et ne pas m’effacer complètement.

Tant, même les diplomates, ont parfois à subir les revers de la langue.

 

Johan Centime

 

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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-23

Jadis, il arrivait que les poètes face à l’encre de la nuit demandent à la lune, demoiselle du ciel, un rayon pour mieux éclairer leur inspiration…

 

Ce fut le cas du chanteur qui au clair de la lune demanda à Pierrot sa plume pour écrire un mot, mais également de… Khayyâm (Omar pour les intimes) qui, au détour d’un robbayat, dit :

 

La lune a déchiré la robe de la nuit

(…) profite bien du bonheur, bientôt le clair de lune

Sur notre tombe à nous rayonnera sans bruit

 

Avant l’avènement d’un monde mutique où toute œuvre se tait.

 

Je demande du bout de mes doigts dans un murmure lettré, discret et blessé… une « phrase de silence » en l’honneur de la perte d’un mot…

 

Dans la langue de Molière, comme dans bien d’autres langues, il est coutume de décerner un titre aux femmes non mariées : mademoiselle.

 

Non pour les amoindrir, mais au contraire pour rêver de grandir et de parvenir avec elles à la maturité.

Leur donner des ailes, les faire chavirer dans le secret espoir de leur donner un nom qui n’était pas le leur initialement, mais bien le nôtre et en faire des dames… en toute égalité.

 

Et ce mot, depuis peu face à la course du monde et ses nouvelles balises, achève de disparaitre, comme le ferait une lune en son éclipse… faisant pâlir un peu plus l’éclat de la langue comme le ferait une flamme sous des souffles spécieux.

 

Et si cette perte vous semble accessoire dans la langue de Molière, elle peut aussi contraindre d’autres langues à se taire.

La langue de Shakespeare qui, à l’annonce d’un show, ne dira plus jamais « L… and gentlemen ».

La langue de Dante qui rendra muets tous les raggazzi rêvant de farniente en compagnie de raggazze…

La langue de Cervantès qui pour dire « mademoiselle » à la suite de señora n’ajoutera plus « ita ».

Ita… ita... ita, tant comme disaient les Latins «  Ita missa est* » (la messe est dite).

 

Ainsi en est-il des langues qui perdent parfois leurs mots sur les pages lettrées comme s’éteignent des étoiles sur la Voie lactée…

 

Et ce, même si certains poètes au bas d’une demeure (pour, mesdemoiselles, mieux vous écrire un mot) demandent à la lune de leur prêter une plume…

 

La même certainement qui fit dire à Miguel de Cervantès : « qu’elle est la langue de l’âme ».

Ce à quoi je lui réponds : « avec une plume et un mot de moins ma langue s’élève moins haut ».

 

Un peu comme celles qui s’élèveront moins haut, quand le mot « mademoiselle », privé de ses plumes et ses « elle », restera cloué au sol alors qu’elles rêvent d’envol…

 

Clouées comme la langue sur « un mot perdu de trop » dans sa course contre le temps.

 

Johan Centime

 

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Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-13

Quel est le point commun entre le blogueur que je suis, Geoff Hurst, Ésope, Jules César et Johnny Cash?

 

Le terme funambule (étymologie : lat. funambulus, de funis « corde » et ambulare « marcher »)

 

J'étais sur la ligne, face au vide de ma page blanche, quand me vint cette idée que l'acte créatif que je m’apprêtais à mener partait du même principe que celui d'un Johnny Cash, chanteur qui, tout au long de sa brillante carrière, joua les équilibristes au bord du précipice du succès, tel un ropewalker dont la biographie fut par le plus grand des hasards intitulée Walk The Line.

 

Le blogueur qui, d'une foulée d'encre, se raccroche à sa ligne par peur du vide est pris des mêmes doutes que Jules César franchissant le Rubicon (mot orthographiquement proche de rubicond), comme il le ferait d'une ligne rouge entre la démocratie et la dictature

et est animé des mêmes certitudes victorieuses qu'un Geoff Hurst dont le succès, comme un ballon, tutoya la ligne de but le soir du 30 juillet 1966.

 

Preuve s'il en est qu'au-delà des cultures comme des incultures, au-delà des domaines et des passions, des clivages et des ouvertures, le funambule sait que tout ne tient qu'à un fil, qu'à une ligne, une corde incertaine qui dans le dédale des analyses peut mener, au choix, d’Ariane au Minotaure.

 

Et qu'il soit de ce temps ou d'un autre, artiste ou sportif, Romain ou Anglais, esclave ou empereur, il trouve son équilibre sur le lien de la langue. Funis ambulare.

 

Tout comme le dit Ésope jadis en son temps : tout mène bien à la langue, le pire comme le meilleur.