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Katia Brien-Simard


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Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2014-02-28

Lorsque je suis allée au centre commercial pour faire photographier mon fils avec le Père Noël, une affiche indiquait la venue prochaine des « pentins du Père Noël ». Consternée, je m’adresse à la personne qui se trouve à l’accueil pour lui faire remarquer qu’il devrait plutôt être écrit pantins. La mine déconfite, l’homme me rétorque que ce sont bel et bien des pentins, et que puisqu’ils sont spéciaux, la graphie du mot l’est elle aussi. Puis, de se tourner vers sa collègue en lui demandant, de façon très audible, de corriger le tir! Situation suivie de la fameuse tirade sur la complexité de la langue française. « Pourquoi les mots ne sont-ils pas toujours écrits de la façon dont ils sont prononcés?  Pourquoi doit-on écrire doigt, alors qu’on ne prononce pas le g? », me demande-t-il, l’air exaspéré.

 

Eh bien, mon cher monsieur, j’ai envie de vous répondre que ces lettres, tout comme les signes diacritiques, nous permettent de distinguer des concepts lorsque nous lisons des mots et/ou les prononçons, mais surtout que cela fait partie du précieux héritage des langues d’origine latine et que ces complexités témoignent de la richesse culturelle du français.

 

Un petit survol historique nous permettra de mieux comprendre ces traces laissées par les conquêtes, les invasions et les contaminations linguistiques, car « le français s’est tout au long de son histoire enrichi des diverses langues avec lesquelles il a été en contact »1.

 

Lettres muettes

L’ancien français a profondément modifié la langue, même si de nombreux signes graphiques sont demeurés. Par exemple, entre les XIe et XIIIe siècles, « les diphtongues et les triphtongues se simplifient, soit par réduction à une voyelle simple ... ou à une voyelle précédée d’une semi-consonne »2. Ainsi, à un certain moment uø devient ø, comme dans : bœuf, œuf, cœur et vœu.

 

Dans le cas du mot doigt, il faut savoir que terme vient du latin populaire ditus, soit digitus, qui signifiait « doigt de la main, du pied » en latin classique. On comprend dès lors mieux que le g soit resté. Cela nous permet également de ne pas le confondre avec le verbe devoir, à la troisième personne du singulier de l’indicatif présent.   

 

Un mot comme automne vient d’un emprunt tardif au latin autumnus. Aulne est issu du lat. alnus,qui serait entré en contact avec alisa, utilisé dans les régions de la Meuse, de l’Escaut et du cours supérieur du Rhin3. Cela expliquerait la forme d’ancien français ausne. On aurait donc maintenu la graphie de l’un et la prononciation de l’autre.

 

Le mot grand vient du fonds primitif issu du latin classique grandis, d’où le maintien du « d » muet. Notons que la lettre « t » a également été utilisée au fil des siècles. Le mot août provient du latin augustus, en l’honneur de l’empereur Auguste, qui serait devenu en bas latin agustus au Ve siècle, puis aüst (aost), (d’où le maintien du « a », et même parfois de sa prononciation). Le mot coup est pour sa part issu du latin populaire colpus, « action de frapper »; du grec ancien kolaphos, « soufflet », d’où le maintien du « p ».

 

Signes diacritiques

Comme l’origine grecque du mot (diakritikos : qui distingue) l’indique, les signes diacritiques sont des « signes graphiques (point, accent, cédille) portant sur une lettre ou un signe phonétique, et destiné à en modifier la valeur ou à empêcher la confusion entre homographes »4. Par exemple, en ajoutant un tréma, la conjonction de coordination « mais » devient le substantif « maïs ».

 

Emprunts

Notre langue regorge d’emprunts aux langues avec lesquelles elles ont cohabité. Par exemple, le mot ananas est un emprunt au tupi-guarani, langue indienne du Brésil, a (arbre) et nana (parfumé). Caoutchouc vient pour sa part du maya caa (arbre) o chu (qui pleure).

 

De nombreux autres emprunts ont été faits aux langues autochtones, mais également à d’autres langues, dont l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le grec, l’hébreu, l’italien, le portugais, les langues germaniques et scandinaves. Je vous invite à visiter le Portail linguistique du Canada pour en connaitre davantage sur l’origine de certains emprunts.

 

 

Bref, chaque particularité de la langue comporte une explication sociohistorique et il est intéressant de s’y pencher. Cela nous permet de mieux comprendre notre culture et de percevoir positivement ce que l’on considère trop souvent comme des complexités.

 


1 HUCHON, Mireille, Histoire de la langue française, Le livre de Poche, collection INÉDIT Littérature, Librairie Générale Française, 2002, p.282.

2 Ibid., p. 72.

3 http://www.cnrtl.fr/etymologie/aulne

4 Le Petit Robert 2011, Dictionnaires Le Robert, p.729.

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2014-01-16

Dans mes deux précédents billets, je vous exposais des expressions figurées qui intégraient des références animalières et corporelles.

 

Je vous propose aujourd’hui une autre série de ces expressions idiomatiques, qui, cette fois, font référence aux couleurs. Ce type d’expression est propre à chaque langue, ce qui fait qu’elles sont si vivantes. Voici donc quelques-unes de ces expressions colorées !

 

Voir rouge : avoir un accès de colère

Dérouler le tapis rouge : faire une grande cérémonie

Être la lanterne rouge : être le dernier

Être marqué au fer rouge : être troublé par un évènement

Tirer à boulets rouge : critiquer avec violence

Agiter le chiffon rouge : aborder un sujet controversé

Le téléphone rouge : ligne téléphonique directe entre le président des États-Unis et le secrétaire de l’URSS (guerre froide)1

Être sur la liste rouge : avoir un numéro de téléphone ne figurant pas dans l’annuaire

Être dans le rouge : ne plus avoir d’argent dans son compte bancaire

Être rouge comme un homard : être gêné, honteux ou brûlé par le soleil  

Alerte rouge : avertissement de la plus haute importance

Franchir la ligne rouge : franchir les limites

Fil rouge : idée conductrice

La planète rouge : Mars

L’Armée rouge : armée soviétique

Gardes rouges : milice de jeunes maoïstes durant la révolution culturelle2

Peau rouge : indien d’Amérique

Rire jaune : rire forcé

Voir jaune : être jaloux

Donner le feu vert : donner son aval

Avoir la main verte (ou le pouce vert) : être bon jardinier

En voir des vertes et des pas mûres : voir des choses déplaisantes

Se mettre au vert : effectuer un retrait à la campagne

Donner une volée de bois vert : critiquer violemment

Être encore vert : être vigoureux

Employer la langue verte : utiliser l’argot

Être un cordon bleu : être excellent dans le domaine culinaire

Avoir les bleus ou être bleu marin(e) : être fâché

Avoir une peur bleue : avoir une peur inouïe

Bas-bleu : une femme savante (pédante)

Être fleur bleue : être sentimental

Avoir du sang bleu : être issu d’une lignée de nobles

L’or bleu : eau (richesse représentée par la mer)

La planète bleue : Terre

N’y voir que du bleu : se faire leurrer

Broyer du noir ou voir tout en noir : être pessimiste

Entrer dans une colère noire : se mettre vivement en colère

L’or noir : pétrole

Travailler au noir : travailler illégalement

Noir comme chez le loup : obscurité totale

Faire travailler sa matière grise : réfléchir

La nuit, tous les chats sont gris : désigne la faciliter à tromper lors de difficultés

Être blanc comme neige : être innocent

Montrer patte blanche : prouver son identité afin d’entrer dans un lieu

Être blanc : avoir mauvaise mine, n’être pas bronzé ou pâlir sous le coup de l’émotion

Une nuit blanche : Une nuit sans sommeil

Donner carte blanche : Laisser quelqu’un faire ce que bon lui semble

Manger son pain blanc : traverser une période heureuse

Un merle blanc : chose rarissime

Un mariage blanc : mariage ayant pour but des bénéfices administratifs

Bonnet blanc et blanc bonnet : lorsque que l’on présente deux situations qui paraissent différentes mais qui sont pareilles ou semblables

Connu comme le loup blanc : Une personne connue

Histoire cousue de fil blanc : Histoire dont la fin est prévisible

Faire chou blanc : Échouer

Blanc-bec : jeune homme inexpérimenté et prétentieux

Voix blanche : voix sans timbre

Des vers blancs : vers qui ne riment pas

Arme blanche : qui n’est pas une arme à feu 

Voir la vie en rose : être optimiste          

Voir des éléphants roses : halluciner

Être marron : être berné

Tirer les marrons du feu : prendre des risques pour autrui

En voir de toutes les couleurs : vivre des choses agréables et désagréables.

 

Au fil de mes recherches, j’ai fait plusieurs découvertes intéressantes, notamment en ce qui a trait à l’origine de ces expressions. Leur ancrage historique est très révélateur de notre richesse culturelle. Un site Web3 et une vidéo YouTube4 expliquent d’ailleurs bon nombre de celles proposées dans ce billet.

 

Tous les moyens sont bons pour décrire les apparences et les états d’âme. Une chose est sûre; avec autant d’expressions, tout le monde peut montrer ses couleurs ! 

 

 

Plusieurs expressions tirées du site FrançaisFacile.com :

http://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-89954.php

…et du blogue Paris Monterrey :

http://www.parismonterrey.com/blog/2012/05/10/expressions-avec-couleurs/


 

1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rouge

2 Ibid.

3 http://www.linternaute.com/expression/langue-francaise/

4 http://www.youtube.com/watch?v=Xf9ULigyrRQ

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2013-05-03

À l’image de la rhétorique antique, nos expressions sont souvent d’éloquentes figures de pensée. On distingue deux catégories de figures, soit les figurae verborum et les figurae sententiarum1. La première opère par des jeux sonores ou graphiques, par des figures de sens, comme la métaphore, ou par construction, en jouant sur l’emplacement des mots. La seconde modifie la description du référent, que ce soit dans une suite de mot, une phrase ou un texte.

 

Dans l’usage courant, on distingue « figures de mots » et « figures de pensées ». Les figures de mots modifient le sens, le signe ou la sonorité, alors que les figures de pensées ont davantage trait aux liens entre les idées. Le site Alis rhétorique propose une définition selon laquelle « on désigne par figure l'opération consistant à modifier une expression par une autre que l'on attendrait à ce moment du discours si celui-ci était écrit au degré zéro […]2. » Nous nommons trope, qui signifie « manière » ou « tour » en grec, la figure qui modifie la signification usuelle des mots. Il existe trois formes de tropes, soit la métaphore, la métonymie et la synecdoque3.

 

Qu’elles procèdent par ajout, effacement, modification ou combinaison, les figures de pensée deviennent parfois des « clichés ».

 

Voici quelques exemples de ces expressions figurées, qui intègrent des références corporelles :

 

Perdre la tête

Avoir la tête dure

Être tombé sur la tête

Avoir la tête haute

Être une tête en l’air

Être une tête enflée

Faire quelque chose sur un coup de tête

Avoir des yeux tout le tour de la tête

Avoir les yeux plus grands que la panse

Avoir une grande gueule

Être à pied d’œuvre

Une main de fer dans un gant de velours

Avoir une langue de vipère

Avoir les mains sales

Avoir des mains pleines de pouces

Avoir le nez fin

Avoir du pif (ou du flair)

S’entendre comme les doigts de la main

Par la peau des fesses

Avoir le pied marin

Faire un pied de nez

Avoir l’estomac dans les talons

Un talon d’Achille

Avoir une poignée dans le dos

Ne pas savoir sur quel pied danser

Se planter les pieds

Danser comme un pied

Donner un coup de main (ou de pouce)

Se prendre en main

Prendre ses jambes à son cou

Avoir les mains liées

Se faire manger la laine sur le dos

 

Quand j’ai quelque chose dans la tête, je ne l’ai pas dans les pieds!

Mange ta main et garde l’autre pour demain!

C’est mon petit doigt qui me l’a dit!

 

Notons finalement que la compréhension de ces expressions requiert une certaine connaissance des lieux communs (topoï). Toutefois, la dérogation à la norme (doxa) permet l’émergence d’un sens nouveau4. C’est ce qui rend nos langues si vivantes.

 

1 Le dictionnaire du littéraire, Paul Aron, Denis St-Jacques et Alain Viala, 2002, p.236.

2 Site consacré aux figures : http://www.alisrhetorique.com/figures.htm

3 http://www.alisrhetorique.com/figures.htm

4 Op.cit., p.237.

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2013-04-13

 

L’héritage d’une langue se mesure entre autres par la richesse de ses expressions. Lorsque l’on s’y attarde, leur abondance s’avère impressionnante. Dans les sillages de la langue française, nous retrouvons une multitude d’expressions « animalières ».

 

Voici quelques-uns de ces joyaux, avec lesquels Jean de La Fontaine était sans doute familier…

 

À commencer par les comparaisons :

 

Être bavard comme une pie

Être muet comme une carpe

Être myope comme une taupe

Être fort comme un bœuf

Être têtu comme une mule

Être rusé comme un renard

S’entendre comme chien et chat

Être comme une queue de veau

Être fier comme un coq

Être lent comme une tortue

Être comme un éléphant au milieu de la pièce

Être comme un chien dans un jeu de quilles

Manger comme un oiseau

Suer comme un porc

Se sentir comme un poisson dans l’eau

Être rouge comme un homard

Être laid comme un rat

Être chargé comme un mulet

Être fier comme un paon

Être doux comme un agneau

Être comme un loup dans une bergerie

Se faire bourrer comme une dinde

Accoucher comme une chatte

Être comme une chatte en chaleur

Être habillé comme la chienne à Jacques

Suivre comme un chien de poche

Couler comme sur le dos d’un canard

Faire noir comme chez le loup

Pleurer comme un veau

Être nu comme un ver

 

…sans oublier les métaphores :

 

Avoir une mémoire d’éléphant

Être le mouton noir

Compter les moutons

Être un mouton

Faire le singe

Être un poisson

Être un vieux loup de mer

Avoir une faim de loup

En parlant du loup

Avoir la chair de poule

Être une poule mouillée

Être une mère poule

Avoir une taille de guêpe

Jouer au chat et à la souris

Faire un froid de canard

Faire un temps de chien

Se regarder en chiens de faïence

Avoir du chien

Réserver un chien de sa chienne

Faire l’autruche

Avoir d'autre chat à fouetter

Chat échaudé craint l’eau froide

Il ne faut pas réveiller le chat qui dort

Quand le chat n'est pas là, les souris dansent

La nuit, tous les chats sont gris

Donner sa langue au chat

Avoir d'autres chats à fouetter

Avoir un chat dans la gorge

Le chat sort du sac

Il n'y a pas un chat

Il n'y a pas de quoi fouetter un chat

Bâiller aux corneilles

Finir en queue de poisson

Avoir anguille sous roche

Avoir une tête de linotte

Être une tête de cochon

Être le dindon de la farce

Passer du coq à l’âne

Mettre la charrue devant les bœufs

Qui vole un œuf vole un bœuf

Quand les poules auront des dents

Avoir une cervelle d’oiseau

Avoir des larmes de crocodile

Venter à écorner les bœufs

Avoir un front de bœuf

On n'apprend pas à un vieux singe à faire la grimace 

On n'attire pas les mouches avec du vinaigre

Se faire tirer les vers du nez

Se faire du sang de cochon

À chacun son métier et les vaches seront bien gardées

Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué

À cheval donné, on ne regarde pas la bride

 

Chose fascinante, bien qu’elles aient chacune une signification qui leur est propre, ces expressions comportent autant de nuances qu’il y a de gens pour les interpréter. 

 

Voilà ce qui, à mon sens, fait toute la beauté des langues.

 

Dans un prochain billet : les expressions « corporelles ». 

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2012-12-12

Vous arrive-t-il parfois de chercher le terme juste en français alors que seul le mot anglais vous vient à l’esprit? Si vous avez répondu « oui » à cette question, vous n’êtes pas seul!

 

Comme en témoignent les dictionnaires de ces deux langues, il existe davantage de mots de vocabulaire en anglais, alors que le français comprend plusieurs synonymes d’un même mot, ce qui occasionne l’emploi de nombreux anglicismes.

 

Au Québec, notamment dans la région de l’Outaouais, l’utilisation des anglicismes est fréquente. Étant donnée la proximité de l’Ontario, il est commun d’entendre certaines personnes utiliser des mots anglais déclinés en verbes.

 

Dans la région de la capitale nationale, j’ai entendu des termes comme « lifter » pour covoiturer, « flabergasté » pour être complètement ébahi, « enjoyer » pour en profiter et même « tooter de la horn » pour klaxonner!

 

Une autre particularité qui m’a frappée est la féminisation des mots anglais lorsque le mot est féminin en français. Par exemple, les gens diront : « une skateboard » et « une snowboard » puisque l’on dit une planche à roulettes et une planche à neige en français.

 

Pour avoir beaucoup voyagé dans la belle province, je peux affirmer que l’emploi du masculin est préconisé pour l’ensemble de ces emprunts. Cela s’explique par le fait que selon la logique anglophone, les objets n’ont pas de genre. Bref, le sujet suscite de nombreuses discussions!

 

Sans s’en formaliser, il faudrait peut-être se pencher sur les effets de cette « contamination » sur notre langue à plus long terme. S’agit-il d’une évolution ou d’une régression du langage?

 

Qu’en dites-vous?

 

 

Afin d’approfondir la réflexion, je vous invite à consulter les liens suivants :

 

Concernant l’importance de l’anglais à l’échelle internationale :

http://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca/manchettes-headlines/english-anglais-eng.html

Concernant l’origine de certaines expressions francophones :

http://www.lepoint.fr/societe/le-francais-une-langue-mise-a-toutes-les-sauces-11-10-2012-1515663_23.php

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2012-01-18

Comme le soutenait l’auteur Gaston Miron, le français québécois n’est pas en situation de bilinguisme, mais plutôt de « diglossie ». Cela signifie que l’on utilise « deux variétés d’une même langue, chacune d’elles ayant un statut et des fonctions différentes »1. Ainsi, au Québec, le locuteur passera du français standard au français dit « québécois », en fonction du contexte social de la discussion.

 

Ce que l’on nomme un québécisme est un régionalisme, c’est-à-dire un « fait de langue propre à une région »2, en l’occurrence québécoise, ou encore un emploi qui prend un sens différent selon l’endroit. Il peut être formel ou sémantique. On dénombre plusieurs types de québécismes, notamment les archaïsmes, les dialectalismes et les anglicismes.

 

Les archaïsmes sont des « formes lexicales anciennes, disparues ou en voie de disparition dans le français moderne, mais encore usitées au Québec et dans certaines régions de la francophonie »3.Parmi les archaïsmes formels, on retrouve des mots tels « brunante » (relatif à la couleur brunâtre du ciel au coucher du soleil) ou encore « abrier » (pour mettre sous un drap). Parmi les archaïsmes sémantiques, on pourrait nommer« garde-robe », qui désigne un placard, ou « jambette », qui signifie croc-en-jambe.4

En ce qui a trait aux dialectalismes, c’est-à-dire les mots issus d’un « dialecte de la France »5, les dialectalismes formels se retrouvent plutôt dans l’oralité et sont souvent issus de croisements. Par exemple, le mot « écornifler » provient d’un croisement entre les mots « écorner » et « renifler ». Les dialectalismes sémantiques sont parfois une dérive d’un mot existant. Les Québécois disent d’ailleurs souvent « mouiller » pour pleuvoir, en raison du résultat de la pluie.

 

L’emploi des régionalismes est courant dans l’oralité. Sur la Côte-Nord du Québec, les « flots » désignent les enfants. On explique souvent ce phénomène par la proximité de la mer. Au Saguenay, on dit que les chemins sont « coulants » pour dire qu’ils sont glissants, et que quelqu’un est « gigon » pour signifier que cette personne manque de distinction. Il y a également des régionalismes plus répandus, tel « nenni », adverbe de négation employé très tôt par Jean de La Fontaine, notamment dans la fable La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et encore aujourd’hui par l’ensemble des locuteurs du français.

 

Les déformations et les néologismes

 

Parmi les néologismes, on distingue les néologismes de création et d’emprunts. Les néologismes de créations formels et sémantiques sont souvent des mots forgés sur la base d’autres mots. Par exemple,  « motoneige »  provient du croisement entre « motocyclette » et « neige ». Parmi les néologismes sémantiques, on retrouve notamment le mot « laveuse » qui signifie un « lave-linge » et est largement employé au Québec, de même que « magasinage » qui signifie « faire des courses en magasin ».

 

Les néologismes d’emprunts, quant à eux, sont souvent dérivés de l’anglais, des langues amérindiennes, etc. Ceux empruntés à l’anglais peuvent être formels ou sémantiques. Les néologismes d’emprunts formels sont dérivés de mots existants. Par exemple, le mot registraire est dérivé du verbe to register. Les emprunts sémantiques, pour leur part, sont davantage attribuables au sens. Par exemple, en français québécois, le mot batterie (de l’anglais battery) désigne une pile.

 

Les néologismes d’emprunts aux langues amérindiennes conservent la forme originale du mot. Le mot « achigan » vient d’ailleurs de l’algonquin « qui se débat », et « atoca » est le mot iroquois qui désigne l’airelle des marais, plus communément appelée la canneberge.

 

Il y a aussi les emprunts à d’autres langues, qui ne sont pas nécessairement admis, comme « cachère ». Par contre, certains le sont, comme le mot « taboulé » qui provient de l’arabe dialectal.

 

À l’instar de Claude Gauvreau, grand dramaturge québécois, ma grand-mère employait fréquemment des néologismes, qui se perpétuent de façon intergénérationnelle. Elle réprimandait ainsi souvent ses enfants en leur disant : « Arrêtez de vous gringaçer! ». Vous l’aurez peut-être deviné par l’évocation du mot « grincer », ce néologisme signifie se chamailler, se tirailler. C’est là la beauté des néologismes; bien que ceux-ci ne soient pas répertoriés, on peut facilement les comprendre grâce à ce qu’ils évoquent!

 

Dans l’espoir d’avoir réussi à faire rayonner le français québécois à vos yeux, je vous invite à continuer à rendre votre langue vivante en employant les termes qui vous sont propres, peu importe votre région du monde!

 

1Définition tirée du Petit Robert  2011

2Définition tirée du Petit Robert 2011

3Définition tirée de la Direction de la qualité de la communication du HEC de Montréal : http://www2.hec.ca/qualitecomm/chroniques/franqueb/usageslexicaux.html

4La plupart des exemples et des explications sont tirés d’un site Web consacré aux régionalismes : http://legrenierdebibiane.com/participez/Expressions/quebec2.htm

5Définition tirée de la Direction de la qualité de la communication du HEC de Montréal : http://www2.hec.ca/qualitecomm/chroniques/franqueb/usageslexicaux.html

 

Katia Brien-Simard
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Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2011-12-21

C’est connu, le français québécois est bien différent du français européen! Combien d’histoires loufoques concernant l’incompréhension entre deux locuteurs d’une même langue avons-nous entendues? Il en va de même partout dans le monde, peu importe la langue parlée. L’anglais américain et l’anglais britannique comportent leur lot de différences, tout comme l’arabe magrébin se différencie de l’arabe oriental, etc.

 

Au Québec, un débat fait rage entre les exogénistes, qui prônent le français standard et qui tentent d’éviter les régionalismes, et les endogénistes, qui soutiennent que le français québécois est aussi valable que les autres « variétés de français » et considèrent comme une utopie le français standard. Lionel Meney fait état de ce débat dans son ouvrage Main basse sur la langue, idéologie et interventionnisme linguistique au Québec paru en 2010 chez Liber. Associé au camp des exogénistes, il soutient que la position des endogénistes entraine la ghettoïsation linguistique et l’anglicisation des Québécois.

 

À mon avis, la « contamination » linguistique est souvent perçue négativement, selon une vision largement véhiculée dans la société, à commencer par le terme parasitaire associé à ce phénomène. Francis Gingras, un linguiste que j’ai eu l’occasion de côtoyer à l’Université de Montréal, déplorait d’ailleurs la connotation négative attribuée au langage parlé des Québécois, souvent considéré comme un français « relâché ». Or, au temps du Roi Soleil (Louis XIV), le Roi lui-même privilégiait ce type de prononciation. Il disait par exemple : « Le roué, c’est moé. » De plus, la norme était associée à la langue du nord (oïl), où vivait le Roi, et non à celle du sud (oc). Notons que « oïl » et « oc » désignaient simplement la façon de dire « oui », selon la région française habitée.

 

Paradoxalement, c’est au déclin de la forme « classique », ou « standard », des langues que l’on pourrait attribuer l’évolution de celles-ci, en ce sens que, d’un côté à l’autre des océans, la langue est influencée par le contexte dans lequel elle évolue.

 

L’utilisation d’anglicismes est un phénomène tout à fait normal, considérant l’influence des Canadiens anglais et de nos voisins américains. Ainsi, le contexte d'un Canada majoritairement anglophone et la proximité des États-Unis expliquent bien l’accusation selon laquelle les Québécois parlent « franglais »! Même les Québécois les plus à l’aise en français cherchent parfois leurs mots afin de désigner une chose ou un concept avec le mot juste. Ils doivent souvent pallier cette lacune avec un mot anglais. Et pour cause, il existe davantage de mots de vocabulaire en anglais alors qu’en français, plusieurs définitions étant attribuées à un même mot. En effet, l’Oxford English Dictionary comporte 500 000 mots, alors que le Petit Robert en comprend seulement 60 000 pour 300 000 sens! Cela s’explique par le fait que l’anglais inclut à la fois des mots d’origine germanique et romane. On saisit dès lors mieux pourquoi l’emploi de ces termes anglais est souvent plus précis.

 

Selon M. Francis Gingras, il n’existe pas une façon de s’exprimer qui soit la « meilleure », parce qu’une langue est en constante évolution! Ce qui nous donne l’impression de ce schisme serait davantage la différence que l’on établit entre les registres de langue qui existent et le niveau de « notoriété » qui leur est attribué. Or, c’est véritablement le contexte qui détermine l’emploi d’un mot ou d’un autre. Ainsi, le langage utilisé dans un milieu ouvrier est bien différent de celui employé dans une université.

 

Aucune langue n’est immuable. C’est d’ailleurs à force d’utiliser un mot que celui-ci entre dans l’usage. Les expressions sont idiomatiques et la nomenclature, fluctuante. C’est ce qui permet aux langues de rester vivantes. Il faudrait donc considérer cette évolution comme un enrichissement.

 

Au retour des Fêtes, je vous présenterai quelques-unes des perles du langage québécois.

 

 

Sources :

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/283613/l-entrevue-lionel-meney-ou-le-cauchemar-des-endogenistes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Débat_sur_la_norme_du_français_québécois

http://www.2-2.se/fr/19.html