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Julian Zapata Rojas


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Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2013-01-24

The New Year always brings this spirit of renewal, of change; a desire to start all over again, to do things better.

 

It has been a while since I last posted a blog. But I was never away from LinguisTech, nor was I from translation technology. Since last spring, I’ve published my Master’s thesis at the University of Ottawa, have worked in the development of CERTT material, and have started with my PhD in Traslation Studies. (I also taught a fun English-Spanish translation course at University last Fall!)

 

I was lucky enough to go on exchange at the very first semester of my PhD. But I didn’t go too far this time, physically. I had the pleasure to take part in two exciting graduate-level courses at Carleton University, offered within the framework of a Master’s program in Human Computer Interaction (HCI).

 

HCI is, for me, a multidisciplinary science concerned with designing and developing technology applications that will not fail, that will not disappoint users. It visits and is visited by a wide range of other disciplines where technologies are used by humans. They all share the desire to “humanize” the technology in order to ensure a more natural interaction between humans and machines. Natural interaction leads to better user experience, higher user satisfaction and better task performance. The field of translation also shares that desire! (Doesn’t it?)

 

I believe I put my best foot forward for the continuation of my research project by going to Carleton last Fall. The courses I took allowed me to see how much computers and software, as we know them today, are starting to be something of the past, with tablets and smartphones representing just the beginning of a new era of interaction between humans and machines. They also allowed me to confirm that it will be necessary to give a greater consideration to the human factor when designing and developing new technology applications.

 

Just as I was discovering HCI from my translator and translation studies researcher perspective, Sharon O’Brien (2012) coined the notion of Translator-Computer Interaction (TCI) in a recent article published in the first issue of Translation Spaces. She describes translation today as a form of HCI and –also– advocates the need to design and develop tools from the point of view of the humans, of the users, i.e., of translators. Translation tools ought to be designed by interaction designers, rather than by programmers, who rarely design with the end-users in mind.

 

With the arrival of new computational platforms and applications which allow a more natural interaction between humans and computers, more efficient and ergonomic applications will need to be designed and developed for professional translators in the 21st century.

 

It is a new dawn for translation technology. As O’Brien puts it, “translator–computer interaction would likely benefit from an increased focus on ethnographic-style, cognitive ergonomic studies of translation tools and the translation process itself. This might involve, for example, spending time observing and working with translators who interact with multiple tools and technologies to see where the ‘speed bumps’ and frustrations lie in this interaction. More experimental studies of translator-tool interaction could be carried out using formal usability research methods such as screen recording, eye tracking, and observation, the results of which could then be used by translation technology developers to improve the specifications of tools for the benefit of translators and, ultimately, the end users of those translations” (2012: 116-117).

 

Professional translators are in urgent need of more effective and ergonomic tools. Thus, the field of HCI will inevitably have a more vital place in future translation technology research. Simply developing computer aids won’t be enough. The key is to design the whole user experience, to think about the human, to consider what is natural when translating, to “humanize” technologies. And this is just starting to happen…

 

Julian Zapata Rojas

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-04-12
« La lecture est souvent considérée comme allant de soi
aux yeux de nombreux traducteurs. La compétence de lecture
elle-même, indispensable à l’acquisition de la compétence de traduction,
est rarement débattue en traductologie. »  (Plassard, 2007)

 

Lire, sans faire l’analyse du discours, c’est un peu comme regarder un spectacle de magie sans toutefois faire l’effort de découvrir les tours du magicien. Et c’est correct, pour la magie. Ou pour la lecture de loisir. Cependant, pour la traduction, il faut bien ouvrir les yeux. Il faut, si l’on peut, regarder chaque tour au ralenti.

 

Effectuer l'analyse discursive d'un texte, c’est faire ressortir les éléments et les opérations qui entrent en jeu dans sa production. La production d'un texte, sa structure, sa lecture et sa traduction sont toutes tributaires des « représentations du réel » qui caractérisent une société à un moment précis de l'histoire.

 

Une telle compétence de lecture s'avère essentielle pour traduire tant des textes littéraires que pragmatiques, mais c’est souvent l’analyse discursive comparative des œuvres littéraires vis-à-vis de leurs traductions, parues tout au long de l’histoire, qui permet de mieux illustrer l’absence d’une théorisation de la lecture plus profonde dans la formation de traducteurs.

 

Et j’insiste, les moteurs de traduction automatique et les mémoires de traduction ne pourront jamais voir les textes comme un réseau sémantique plutôt que comme une linéarité de mots ou de phrases isolées.

 

Pour automatiser ou semi-automatiser la traduction de la nouvelle Continuidad de los parques de Julio Cortázar, il faudrait passer d’abord le texte par un Extracteur automatique de réalisme magique (EARM). Ce système aurait d’abord la capacité de déterminer que le texte a été écrit à une époque et dans une société où les écrivains avaient commencé à mettre au défi les conventions de la littérature déjà établies et effectuaient un travail à caractère expérimental et, étant donné le climat politique dans cette société-là, à caractère politique également.

 

Ainsi, l‘EARM aurait la capacité d’analyser les ruptures de la chronologie narrative et de l'utilisation contemporaine des temps verbaux. Aussi, il pourrait déceler tous les éléments fantastiques dans l’oeuvre, les éléments inexplicables qui projettent le texte au-delà de la compréhension rationnelle. L’EARM aurait également la capacité de traiter et d'analyser les ambigüités, les mondes réels et fictifs qui fusionnent dans le texte, les mises en parallèle, les comparaisons et les contrastes au niveau du vocabulaire, de la distribution des paragraphes et même de la mise en page du texte. Bref, notre EARM aurait la capacité de percevoir les nombreux facteurs qui sont entrés en jeu au moment de la production du texte de départ pour ainsi pouvoir ensuite, en combinaison avec le moteur de traduction automatique ou avec la mémoire de traduction, produire un texte dans la langue d’arrivée qui puisse avoir chez le lecteur de la société d’arrivée le même effet magique que le texte en espagnol.

 

Je pense qu’on a eu assez d’« analyse discursive automatique » qui demeure, pour l’instant, dans la science-fiction. Nous, humains, avons la capacité de faire tout cela. Et nous, traducteurs, réviseurs, traductologues ou langagiers, avons le devoir de passer par toutes ces étapes pour arriver à objectiver le processus de traduction ainsi que l'évaluation du produit de cette opération.

 

Je peux vous dire que je déplore que les traducteurs des versions en anglais et en français que j’ai lues de Continuidad de los parques n’aient pas démontré le moindre effort d’analyse de discours pour arriver à compenser, dans l’absence de stratégies correspondantes dans le « code » (Frawley, 1984) de traduction, l’effet rhétorique du réalisme magique dans l’œuvre originale.

 

Julian Zapata Rojas

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-04-04

L’analyse du discours s’avère inexorable dans le domaine de la traduction : elle peut concrètement aider les traducteurs à objectiver le processus de traduction ainsi que l'évaluation du produit de cette opération. Comme je le commentais dans mon billet précédent, il faut apprendre à regarder au-delà du texte, autrement dit, à s’éloigner des présuppositions comme quoi « tout est dans le texte », y compris le sens, le « vouloir dire de l’auteur. »

 

À mon sens, les méthodes didactiques de la traduction utilisées actuellement ne compensent pas le manque d’une théorisation approfondie sur la lecture et sur la textualité. C’est pourquoi je me propose d’exposer ici, quoique brièvement, la théorie de l’analyse du discours, dans le but de contribuer aux efforts actuels pour la démonstration de l’importance de la pensée humaine dans l’acte de traduire, de l’impossibilité de remplacer les traducteurs humains par les machines. Ainsi, l’analyse du discours fait partie des innovations proposées par certains chercheurs en traductologie dans les domaines pédagogique et technologique. Endurez la lecture des paragraphes suivants (un peu de théorie ne fait pas mal à personne, comme on dit) et vous allez comprendre pourquoi l’analyse du discours est importante pour la traduction, ici et maintenant.  

 

La traductologie a vu le jour au début des années 1970 dans une période où l’hypothèse dominante était que la langue et la traduction étaient des capacités humaines innées, hors de toute influence contextuelle. Cette hypothèse, influencée par les théories de la linguistique structurelle et de la littérature comparative des décennies précédentes, cherchait à dévoiler des « universels traductionnels » observables dans la surface des langues des textes originaux et de leurs traductions.

 

Cette façon abstraite de concevoir la langue et la traduction est la raison pour laquelle, dès la fin des années 70, les théoriciens ont tenté d’introduire des approches axées sur le contexte. Ces théories ont surgi notamment à l’École du sens et sont connues en traductologie comme le « modèle interprétatif ». Pourtant, les principes du modèle interprétatif ne présentent pas un progrès suffisant par rapport aux approches lexico-sémantique et syntaxique de la décennie précédente qui y sont critiquées, puisque la traduction s’y limite toujours à l’établissement d’« équivalences de sens » entre des « unités de traduction », sans que ce processus ne soit informé par le dispositif sémiotique de l’ensemble du texte (Normandin, 2011 :10, je souligne).

 

Selon William Frawley (1984), les approches cherchant à dévoiler des universaux et des équivalences dans les langues empêchent la théorisation de la traduction, puisque chaque code linguistique possède son identité, et puisqu'il est difficile de déterminer des universaux dans la façon de percevoir les phénomènes du monde et d'utiliser la langue pour désigner et décrire ces phénomènes. S'il suffisait d'identifier et de faire correspondre point par point les universaux, traduire ne serait qu'un acte de copiage. Il s'agirait là d'un processus machinal : « les universaux sont absolus, dit Frawley, la traduction est probabiliste » (ibid. : 167).

 

Dans les années 80 et 90, on a assisté à l’explosion d’études axées sur les paramètres socioculturels du traduire et, par le fait même, au recul de celles qui marginalisent ces paramètres ou ne les prennent pas en compte. Gideon Toury (1995) réexamine l’approche fonctionnaliste (skopos) pour proposer l’idée selon laquelle il est possible de constater, dans des textes traduits, des comportements traductionnels déterminés par une série de normes propres à la culture cible.  Ce constat ne serait pourtant pas envisageable sans l’examen comparatif minutieux de textes traduits vis-à-vis de leurs originaux. Il est possible ainsi d’évaluer la pertinence ou l’acceptabilité d’une traduction dans un contexte donné (57).

 

On assiste par la suite au « tournant culturel » de la traductologie, lequel vise à dresser des analogies avec d’autres disciplines plus sensibles à l’évolution culturelle. Aujourd’hui, malgré le constat de la relativité de la traduction et de l’imprédictibilité de l'évolution culturelle, les traductologues continuent à débattre de l'existence de caractéristiques universelles communes et de normes traductionnelles, débats fondés sur les notions héritées de la linguistique et du fonctionnalisme.

 

Le débat est long et aigu et, tout comme insistait Frawley en 1984 et comme on le remarque encore aujourd'hui, la recherche d'es universaux et de normes n'est pas aussi importante que la démonstration des différences des « codes » qui entrent en jeu dans tout acte de traduction, que la révélation des asymétries entre les cultures.

 

De nos jours, c’est grâce à la linguistique de corpus – l’examen de la langue, non pas comme elle devrait être utilisée, mais comme elle a déjà été utilisée –  que la linguistique retrouve sa place dans la recherche traductologique, et que l’on peut déceler ces asymétries des langues et des cultures, pour ainsi dévoiler des comportements traductionnels, aussi nombreux que différents, et informer la recherche en didactique de la traduction et en développement d’outils informatiques d’aide à la traduction.

 

Cela dit, rien ne justifie que la formation actuelle ne soit pas en phase avec la recherche actuelle plutôt que de se pétrifier autour de méthodes pensées il y a quatre décennies (Normandin, 2011 :146). Plus d’un chercheur travaillant dans une perspective non didactique pense la traduction en termes de restitution d’un « vouloir dire » ou d’un « sens intrinsèque » (ou les deux), ou encore en fonction d’une « équivalence d’effet ». C’est pour cela que les études descriptives actuelles – les analyses de corpus bilingues parallèles – doivent être révélatrices de la nécessité de renouveler les méthodes didactiques et pratiques en traduction professionnelle...

 

(À suivre, mais avec un peu moins de théorie. C'est promis!)

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-27

Au moins, je lance le défi aux génies de la linguistique informatique. Peut-être qu'un jour, pas très lointain, le titre de ce billet ne sera plus vrai. Mais il l’est, ici et maintenant.

 

À mes collègues passionnés des mots, des langues, de la traduction et des technologies langagières, je vous offre une nouvelle perspective de la linguistique et de la traduction : l’analyse du discours (étudiée aujourd’hui en traductologie). Dans un blogue sur les technologies langagières, où l’on parle souvent et surtout de l’impossibilité de remplacer les traducteurs humains par des machines, parce que ces dernières ne peuvent pas penser, il me semble pertinent et essentiel d’exposer la théorie de l’analyse du discours, puisque la notion de discours ne se limite pas uniquement à la déclamation (orale) du gouverneur général, du premier ministre ou du président de l’assemblée…

 

La définition linguistique de discours que nous donne Antidote est la suivante :

  • Ensemble des énoncés, des phrases enchainées qui forment un message.

 

Moi, je définis le discours comme une production linguistique, textuelle ou orale, qui comprend un ensemble de mots, de phrases, d’expressions et de stratégies grammaticales constituant un réseau sémantique propre à l’institution, à la culture, à l’identité sociale, bref, à l’espace-temps de sa production.

 

En d’autres mots, parler de discours c’est aller au-delà de la notion de texte. Faire l’analyse de discours, c’est regarder au-delà d’un texte : une tâche difficile à automatiser.

 

Laissez-moi illustrer la notion de l’analyse du discours avec deux exemples :

 

1.      « We have never been just a collection of blue states and red states »

2.      — Il fait chaud, n’est-ce pas?

         — Mais oui, tellement!

 

La phrase de l'exemple numéro 1, énoncée isolément, ne veut rien dire si l’on ne connait pas l’espace-temps (le ici et le maintenant) de son énonciation. Qui est « we », de quelle « collection of states » parle-t-on, et c’est quoi cette histoire des couleurs bleu et rouge? Ce n’est qu’au moment d’apprendre que la phrase a été pronnoncée par B. Obama, à Chicago, en novembre 2008, que l’on peut « aller au-delà » de l’énoncé et comprendre chacun des éléments (à savoir, que « we » c’est le (nouveau) président et le peuple américains, que la « collection » dont il parle c’est les États-Unis, et que les couleurs bleu et rouge font référence aux principaux partis politiques américains : démocrate et républicain).  

 

Quant à l’exemple numéro 2, si je vous dis que cette miniconversation a lieu dans un arrêt d’autobus en banlieue montréalaise au mois de janvier, comprend-on la même chose que si l’on la regarde isolément? On saurait que, de fait, il fait très froid, que les locuteurs parlent d’un ton sarcastique et qu’ils sont mécontents de l’hiver.

 

Or, l’analyse du discours est bien plus que cela. Elle problématise les notions de « sens » et du « vouloir dire de l’auteur », puisque ceux-ci ne sont jamais évidents. À mon avis, nous, humains, avons la capacité et les moyens de nous rapprocher le plus possible au « vouloir dire de l’auteur », même si c’est impossible d'y arriver, mais les machines ne pourront rester que dans la surface.

 

Une machine ne pourra jamais comprendre pourquoi l’écrivain argentin Julio Cortázar (1914 -1984) aurait conjugué (consciemment) de façon non conventionnelle les 52 verbes de la nouvelle Continuidad de los parques, en plus d’avoir soigné la distribution des paragraphes et le choix des mots, pour parvenir à produire chez le lecteur l’effet magique recherché…

 

(À suivre)

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-20

On entend dire que l’interprĕtātĭo est une profession très bien payée. Il y en a d’autres qui pensent que la meilleure rémunération des interprĕs et des interprĕtis est le gain de temps pour faire d’autres activités, ou bien la chance de voyager constamment, ou bien l’occasion d’être présent au moment où le public cible écoute son rendu. En traduction écrite, on ne sait pas toujours qui nous lira et quand nous serons lus…

 

Je ne connais pas beaucoup d’interprĕs et d’interprĕtis salarié(e)s. En général, l’interprĕtātĭo fonctionne mieux lorsqu’on est indépendant (freelance). Dans tous les cas, il vaut mieux avoir sa valise toujours prête! Sachez pourtant que la maitrise de deux langues et des techniques de l’interprĕtātĭo et la valise prête ne suffissent pas pour être un professionnel extraordinaire. L’interprĕs ou l’interprĕtis doit posséder une immense culture générale et doit être constamment en train d’enrichir ses connaissances sur l’actualité mondiale, sur les avancements scientifiques, sur les nouveautés terminologiques (nouveaux mots, nouveaux acronymes)… Bref, il faut tout savoir et être capable de s’en souvenir en tout temps. Dans les programmes de formation à l’interprĕtātĭo, on fait des exercices pour entrainer sa mémoire et on développe des astuces pour la documentation.

 

Dans mes billets précédents, je vous ai exposé les différents modes de l’interprĕtātĭo (simultanée, consécutive, chuchotée, relais et de liaison). Or, on parle également de « types » d’interprĕtātĭo, où un ou plusieurs des modes que nous avons vu peuvent s’appliquer :

 

  • de conférence;
  • juridique (à la cour);
  • d’accompagnement;
  • communautaire;
  • médicale;
  • gestuelle;
  • médiatique.

 

Par ailleurs, on connait différentes « modalités », où plusieurs des types d’interprĕtātĭo peuvent s’appliquer :

 

  • sur place;
  • téléphonique;
  • par vidéoconférence.

 

J’aimerais souligner que le taux de demande mondiale de traduction va toujours en augmentant et s’applique tant à la traduction écrite qu’orale. C’est pourquoi les chercheurs en traductologie visent non seulement l’exploration des synergies entre ces deux formes de traduction du point de vue pédagogique et pratique, mais invitent également au travail collaboratif (interdisciplinarité réciproque) avec des spécialistes dans d’autres domaines du savoir et du savoir-faire humain.  

 

J’espère que ce petit « cours introductif » à l’interprĕtātĭo vous a servi pour vous familiariser avec les notions de la traduction orale et pour vous faire réfléchir, vous aussi, aux possibles synergies de cette dernière avec la traduction écrite. N’hésitez pas à en parler à vos collègues, à faire des recherches plus poussées sur l’interprĕtātĭo (explorer les programmes de formation et les associations professionnelles en Amérique et en Europe, explorer les efforts de conception d’outils technologiques d'aide à l'interprĕtātĭo, etc.) et surtout à partager vos idées et vos découvertes avec la communauté de Linguistech. J'ai hâte de lire vos commentaires!

 

Parce qu’une chose est sure et certaine : des traducteurs professionnels, on en aura toujours besoin. Mais il faudra réinventer la profession

 

Julian Zapata Rojas

 

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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-13

L’interprĕtātĭo consécutive et l’interprĕtātĭo simultanée (voir mon billet précédent) sont probablement les deux modes de traduction orale les plus connus et pratiqués.  Cependant, trois autres modes sont souvent le meilleur choix, dépendamment des circonstances, des combinaisons de langues, de la disponibilité de l’équipement, du nombre de locuteurs, etc. Voici la suite :

 

  • Interprĕtātĭo chuchotée. Assis(e) à proximité de son ou ses clients (normalement un petit groupe de trois ou quatre personnes maximum), l’interprĕs ou l’interprĕtis « chuchote » simultanément la traduction. La principale difficulté de cette technique est d'entendre sa propre voix en même temps qu’on écoute (ou essaie d’écouter) le locuteur, ce dernier parlant parfois sans microphone. On a recours à cette technique lorsque l’on sait d’avance que seulement un petit nombre des auditeurs, d’une conférence par exemple, ne parlent pas la langue de la majorité – la langue dans laquelle se déroule la conférence.

o   Note curieuse : Ce n’est pas toujours que l’on sait d’avance si un petit nombre des auditeurs d’une conférence aurait besoin d’interprĕtātĭo chuchotée. Souvent, on embauche des interprĕs « juste au cas où… ». Une fois, j’ai été l’heureux (ou malheureux) interprĕs d’une équipe d’interprĕtātĭo à ne pas avoir eu de client, à un important évènement d’envergure nationale sur la recherche en santé mondiale, qui a eu lieu à Ottawa en 2009. Mais je ne peux pas dire que j’y suis allé pour rien…

  • Interprĕtātĭo relais. Disons qu’il s’agit d’une double interprĕtātĭo. La traduction que l’auditoire écoute est la traduction d’une traduction.

o   Note curieuse : Cette technique, bien que déconseillée généralement, est inévitable dans certaines combinaisons de langues et dans certaines situations. La première fois que j’ai entendu parler de cette technique a été lors de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP15) en 2009. Visionnez cette vidéo expliquant le fonctionnement de l’équipe d’interprĕtātĭo à Copenhague.  

  • Interprĕtātĭo de liaison. Il s’agit de faire la liaison entre deux (groupes de) personnes parlant des langues différentes. C’est-à-dire que l’interprĕs ou l’interprĕtis fait le va-et-vient constant entre les langues en question. Cette technique est normalement utilisée dans les contextes plus privés ou plus informels.

o   Note curieuse : L’interprĕtātĭo de liaison peut être le mode de traduction orale le plus fatiguant, non seulement parce que l’interprĕs ou l’interprĕtis doit constamment « tourner la cassette » (aller d’une langue à l’autre), ce qui représente une charge cognitive importante, mais aussi parce que les journées de travail peuvent être très, très *soupir *, très longues...

 

Vers la fin de mon année d’échange à l’ISIT de Paris (il y a 3 ans exactement), j’ai eu l’occasion de travailler comme interprĕs de liaison stagiaire pendant 10 jours. Mon rôle : faire la liaison, de 14 à 16 heures par jour, entre mon client (un ingénieur agronome colombien) et des centaines de Français, un peu partout au pays. Du « bonjour » au « bonne nuit », en passant par ses conférences, ses tables rondes, ses entrevues à plusieurs postes de radio, ses déplacements, ses repas et ses visites sur le terrain, il fallait que sa voix (moi) soit là, en tout temps, pour comprendre et se faire comprendre.

 

Je garde dans les entrailles de ma mémoire les plus beaux souvenirs et les plus amusantes anecdotes de cette expérience. J’ai voyagé, j’ai mangé et j’ai bu. J’ai aussi traduit à la radio française et j’ai été dans les journaux. Mais plus important encore, j’ai contribué à une bonne cause. (La raison de la visite de mon client en France était dans le cadre d’une campagne nationale de soutien aux pays en développement.) 

 

J’ai aussi été devant une panoplie de situations traductionnelles où il a fallu que je fasse preuve (immédiate) de créativité et que je me serve de tout l’outillage linguistique et culturel que j’ai acquis depuis ma naissance et au cours de mes études et de mes voyages, pour assurer un rendu le plus exact possible tant pour mon client colombien, en espagnol, que pour le public français. J’avais vraiment le sentiment d’être un acteur indispensable dans le bon déroulement de cette campagne d’aide au développement profitant à mon pays d’origine…

 

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-07

Grâce aux avancements de la traductologie, certaines « conceptions erronées » sur la traduction sont déjà chose du passé. Par exemple, nous sommes déjà beaucoup à être d'accord que la traduction n'est pas juste interlinguistique (traduction entre deux langues). La traduction peut être aussi intralinguistique ou intersémiotique. (Beaucoup de théories à ce sujet ont été développées autour des idées proposées par Jakobson en 1966).

 

Une autre « conception erronée » que l'on commence à laisser derrière est celle comme quoi la traduction et l'interprétation ne sont pas des synonymes. Un interprète n'est-il pas un traducteur? Ce n'est pas de l'interprétation que fait un traducteur?

 

Vous êtes probablement déjà d'accord avec moi, et avec beaucoup d'autres traductologues, qu'il vaut mieux trouver des ressemblances plutôt que des différences entre ces deux pratiques. Cependant, je continuerai de jouer en toute sécurité en empruntant le mot en latin interprĕtātĭo, qui fait référence à la fois à la traduction écrite et orale, pour vous exposer dans les prochains billets les différents modes et types de traduction orale, ainsi que les modalités et les lieux où elle est pratiquée.

 

Modes

  • Interprĕtātĭo simultanée. L’interprĕs ou l’interprĕtis travaille normalement, mais pas nécessairement, dans une cabine insonorisée et dispose de matériel périphérique spécialisé : entre autres, écouteurs et microphone. En interprĕtātĭo simultanée, il s’agit de reformuler oralement dans une langue un discours oral prononcé dans une autre langue, quasi simultanément, avec quelques secondes de décalage. Lorsqu’on dispose de tout l’équipement nécessaire, l’auditoire utilise des écouteurs pour écouter le rendu de l’interprĕs ou de l’interprĕtis.

o   Note curieuse : Au Canada, ainsi que dans plusieurs autres pays, il existe des services de location d’équipement pour interprĕtātĭo simultanée (cabines portables, etc.). En revanche, dans d’autres pays comme Cuba, où la profession a également beaucoup d’importance, les cabines insonorisées ne semblent pas être la norme. J’ai assisté à un colloque international sur l’interprĕtātĭo, justement, à La Havane en mars 2011. J’étais aussi frappé par l’impeccable rendu simultané des interprĕs et interprĕtis cubains en français et en anglais, que par le fait que la conférence de deux journées s'est déroulée sans cabine. Je ne savais plus qui écouter : le conférencier en espagnol, l’interprĕtis vers l’anglais ou l’interprĕs vers le français. Je les entendais tous au même volume!

  • Interprĕtātĭo consécutive. L’interprĕs ou l’interprĕtis reformule l’énoncé après que l’orateur ait terminé sa phrase, son paragraphe, son idée, voire la totalité de son discours. Afin de développer cette compétence, il est essentiel de maitriser les techniques de prise de notes. L’interprĕs ou l’interprĕtis prend des notes pendant les deux, cinq ou quinze minutes et doit être capable ensuite de comprendre son propre système de symboles, d'abréviations, etc. (et de se servir de sa mémoire à court terme) pour reformuler l’énoncé dans la langue d’arrivée. Dans certains programmes de formation à l’interprĕtātĭo, on fournit d’abord aux étudiants des pistes pour la conception de son propre « langage » pour la prise de notes. Ensuite, on leur propose de s’exercer à la prise de notes en transcrivant dans leur « langage » des textes écrits dans une langue naturelle et ensuite de le faire à partir de courts textes prononcés par un collègue ou par le professeur. Ces exercices précèdent normalement les exercices d’interprĕtātĭo simultanée.

o   Note curieuse : Le langage de prise de notes devient en quelque sort une espèce d’idiolecte. Bien qu’il y ait certaines « conventions » ou certains symboles suggérés par les experts et utilisés par tout le monde, il devient souvent difficile de lire les notes d’un autre interprĕs ou interprĕtis, et parfois même ses propres notes après quelques jours ou semaines, puisque plusieurs symboles peuvent être utilisés dans plusieurs sens, ils peuvent vouloir dire plein de choses. Pouvez-vous lire ceci?

 

Image par :  Jaypee (fr.WIKI). Travail personnel 


 

(À suivre...)

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-02-26

Le ku, c’était la langue (construite) parlée à la République démocratique de Matobo, pays fictionnel créé pour le film américain L’interprète. (Ça doit être vraiment cool de dire : je parle le ku!) C’est la maitrise de cette langue minoritaire qui a permis à Sylvia Broome (Nicole Kidman), interprète de conférence aux Nations Unies, de dénoncer aux autorités une menace d’assassinat au président du pays africain lors de sa visite au siège de l’ONU à New York. 

 

Contrairement à ce que l’on peut imaginer avant de visionner ce film, c’est qu’il ne traite pas nécessairement du travail quotidien d’un interprète (hélas!). Pourtant, il fait réfléchir sur l’importance des interprĕs et des interprĕtis dans les relations internationales, dans le déroulement et l’avenir de la planète.

 

Il y a de quoi en être fier, comme je l'ai exprimé dans l'un de mes billets : interprĕtŏr, c’est l’un des métiers les plus anciens et sans doute l’un des plus influents de l’histoire.

  

Dans tous les pays du monde, dans toutes les combinaisons de langues imaginables et dans une panoplie de situations, des milliers d’interprètes travaillent jour après jour pour assurer la communication orale entre deux personnes, entre deux nations ou entre deux peuples parlant des langues différentes. Ils sont les médiateurs par excellence dans la communication interculturelle : au Parlement canadien, à la Commission européenne, à l’Organisation des Nations Unies, dans les zones de conflit, aux conférences scientifiques, dans les affaires internationales, à la cour de justice, aux contrôles douaniers… on peut même embaucher un interprète pour les réunions informelles ou pour les vacances!  

 

Un interprète peut avoir des contrats aussi pénibles qu’amusants. Il peut n’avoir qu’à accompagner le premier ministre dans un voyage à l’étranger pour s’assurer que l’interprète embauché par le mandataire du pays d’accueil fait bien son boulot – il voyage, il écoute, il consent par un signe de tête, il mange, il boit, il dort. Mais il peut avoir aussi à traduire une phrase qui pourrait – et il le sait bien – envoyer quelqu’un en prison ou déclencher une guerre mondiale.

 

Dans mes prochains billets, je vous exposerai plus en profondeur les différents modes et types de l’interprétation ainsi que ses modalités et les lieux où elle est pratiquée.

 

Pour l’instant, je vous invite à regarder le film L’interprète et à laisser vos commentaires! (Après tout, avec ce temps dehors, louer un bon film sur la traduction aux Nations Unies ne serait pas du tout une mauvaise idée pour un lecteur de ce blogue. En passant, connaissez-vous d'autres films inspirés d'une profession langagière?)  

 

Julian Zapata Rojas

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-02-14

En tant que langagier, vous êtes probablement plus ou moins familier avec la distinction courante faite dans la littérature de la traductologie entre la traduction et l’interprétation. Sans doute vous arrive-t-il tout comme moi d’avoir à expliquer à votre famille et à vos amis qu’en réalité être traducteur n’est pas la même chose qu’être interprète, et que l’interprétation n’est pas uniquement simultanée. La traduction serait exclusivement écrite, dit-on, alors que l’interprétation se fait oralement et requiert une formation supplémentaire, voire un diplôme de maitrise pour l'exercer professionnellement.

 

C’est rare que durant les études de 1er cycle en traduction au Canada, on nous expose aux théories et aux techniques de l’interprétation, encore moins qu’on nous laisse réfléchir aux points convergents de ces deux pratiques plutôt que nous laisser penser à l’interprétation comme à une étoile lointaine et difficile à saisir. En passant, seulement une université canadienne offre un programme d’études supérieures en interprétation de conférence. Cela dit, certains courants actuels de la traductologie se concentrent sur l’exploration des hybrides de la traduction et de l’interprétation. On se rend compte qu’après tout, l’interprète n’est (ou ne devrait être) aucunement supérieur au traducteur, et que la synergie des théories et des techniques dans les deux domaines peuvent bel et bien bénéficier à l’avenir des deux professions. 

                                                                Source : Dictionnaire Gaffiot Latin-Français (1934)

 

Si vous suivez mes billets de blogue depuis plusieurs mois (depuis mai 2011, déjà!), vous avez eu sans doute l’occasion de réfléchir au fait qu’au cours de l'histoire, la traduction et l’interprétation ne se sont pas pratiquées de la même façon que de nos jours, comme nous les pratiquons au Canada et en Occident généralement. Pour commencer, cette distinction que l’on fait entre les deux professions ne date que de quelques décennies. Saviez-vous qu’en latin, les mots pour dire traducteur et traductrice sont interpres et interpretis?

 

Je ne suis pas interprète professionnel, mais j’ai eu l’occasion d’explorer, au cours de mes études de 1er et de 2e cycles, certaines notions et techniques en interprétation, de travailler comme interprète de liaison stagiaire et de visiter plusieurs écoles européennes réputées mondialement dans la formation d’interprètes. Je me propose donc, dans les prochains billets, de vous exposer certaines des notions et des techniques que j’ai découvertes et de partager mes expériences, afin de vous inviter ultérieurement à échanger vos idées au sujet des possibles synergies entre la traduction et l’interprétation.  

 

Et qu'en est-il des technologies langagières? Des outils d'aide à l'interprétation (ou d'interprétique), ça vous dit quelque chose?

 

Julian Zapata Rojas

 

Julian Zapata Rojas
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Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-02-07

J’ai fini par dépenser ce petit budget que j’avais mis de côté pour le jour où j’allais rencontrer personnellement un perroquet professionnel. Finalement, les évènements ne se sont pas déroulés comme je l’avais prévu. La même semaine où j’ai publié mon billet sur cette profession langagière émergente, j’avais dans ma boite de courriel une invitation à participer à un atelier sur le sous-titrage vocal avec reconnaissance vocale. Je n’ai pas hésité à m’y inscrire : j’allais avoir la chance de voyager et de rencontrer l’expert mondial dans le domaine. J’ai pris mon envol vers la capitale britannique.

 

Nous étions six ou sept, pas plus, à suivre cet atelier d’une journée dans le laboratoire de traduction du Imperial College à Londres. Certes, avec une journée de cours on ne devient pas sous-titreur vocal professionnel. Mais cette substantielle introduction m’a servi pour expérimenter la complexité du travail du perroquet et pour voir comment cette profession est d’abord une terre fertile pour la recherche dans d’autres domaines tels que l’enseignement de langues, la psycholinguistique, la traduction et l’interprétation.

 

Le professionnel du sous-titrage simultané possède une grande sensibilité linguistique et des aptitudes remarquables en informatique et en télécommunications. Plus que simplement répéter ce qu’il entend, il maitrise une panoplie de notions et d’outils lui permettant de rendre un service linguistique de qualité.

 

Entre autres, j’ai trouvé que le profil du sous-titreur vocal évoque celui du paralangagier, une autre profession langagière émergente mise sur pied chez nous, née du besoin de renforcer le secteur langagier au Canada.  Au terme d'une importante consultation qu'a menée le secteur langagier auprès des acteurs du domaine de la traduction, d'une recension d'études portant sur le sujet, ainsi que d'un sondage auprès des principaux employeurs du secteur, plusieurs établissements d’enseignement canadiens ont élaboré en collaboration un programme visant à former des paralangagiers.

 

Le fournisseur de services paralangagiers est un professionnel de la langue jouant un rôle essentiel dans le flux de travail des services de traduction dans les secteurs privé et public. Son travail ne relève pas du transfert interlinguistique proprement dit, mais consiste à soutenir les traducteurs dans la préproduction et la postproduction des traductions, participant ainsi à l’assurance de la qualité totale du produit fini. Les paralangagiers maitrisent également les notions linguistiques et les outils de traductique et connaissent les différentes stratégies pour la recherche documentaire et pour la gestion terminologique.

 

Le sous-titreur vocal (en anglais, respeaker) ne ressemble pas au paralangagier uniquement parce que c’est un professionnel de la langue maitrisant des outils informatiques. Les deux se ressemblent parce qu’ils effectuent des tâches langagières périphériques dans la chaine de la communication, dont la transcription de la langue parlée.

 

Vous voyez probablement déjà le lien entre le titre de ce billet et mon propos. Si les paralangagiers s’occupent de toutes les tâches périphériques de préproduction et de postproduction dans un contrat de traduction donné, il sera également de leur devoir d’apprendre à utiliser de façon optimale les outils de reconnaissance vocale pour reparler et éditer les textes d’arrivée, dictés par des traducteurs professionnels. 

 

Julian Zapata Rojas

 


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