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Julian Zapata Rojas

Julian Zapata Rojas
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Traduire à deux mille mains

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2011-06-27

Non, ce n’est pas exagéré. Ce n’est pas une rêverie non plus. C’est peut-être une pratique peu habituelle, oui, en Occident. Vous avez remarqué sans doute mon insistance, depuis mon premier billet, sur la nécessité de se tourner vers des approches collaboratives qui reflètent mieux la réalité des professions langagières au XXIe siècle. J’ai promis dans mon billet intitulé When Many (Translators’) Heads Think Better Than One  que je reviendrais à ce sujet. Mais la traduction collaborative n’est pas uniquement une affaire d’outils technologiques qui permettent le travail en réseau et la collaboration en ligne, comme la wikiterminologie, les forums de discussion entre traducteurs et le partage de mémoires de traduction, entre autres. La traduction collaborative n’est pas nouvelle et va bien au-delà des approches technologiques.

 

C’était le thème de l’un des nombreux colloques du 79e Congrès de l’Association francophone pour le savoir qui a eu lieu à Sherbrooke, Québec, du 9 au 13 mai 2011. Le colloque « Traduire à quatre mains » était axé sur la traduction littéraire collaborative, mais appelait à des exemples de traduction non seulement à quatre mains mais à maintes mains, et les communications ont exposé des projets de traduction à quatre, six, huit, vingt, voire vingt-quatre mains… mais là encore, toujours en Occident.

 

J’ai présenté – bien sûr, en collaboration avec deux collègues – un projet de traduction collective à vingt mains de la nouvelle en espagnol Lección de cocina de Rosario Castellanos, que nous avons réalisé dans un atelier de traduction littéraire à l’université. Nous avons publié notre traduction dans une revue littéraire en France à l’hiver 2011, ce qui constitue pour nous une réussite de ce type de projet. C’est une pratique peu habituelle, qui met au défi les conventions et les préjugés de la traduction auxquels nous sommes exposés comme étudiants et chercheurs en traduction :

 

The classic model of translation in Western theory, form ancient times down to the twentieth century, centers around a lone individual working on a single text... with no aid from others () (I)t seems clear that linguistic theories of translation are based on communication models of language, where a speaker and a listener are the most commonly envisioned situation, and would naturally lead to the assumption that translation is the act of a single individual. () In translation studies, the fact remains that very few studies explicitly treat collaborative translation, while most either explicitly reject it... or adopt a linguistic convention that implicitly erases it. (St-André 2010, pp. 73-81)

 

Saviez-vous qu’en Chine la traduction a été une pratique essentiellement collaborative au cours des siècles? Les moines pouvaient faire appel aux connaissances de jusqu’à mille personnes pour la traduction de textes religieux. Il s’agissait d’un processus à plusieurs étapes qui pouvait prendre plusieurs années (je vous suggère d’aller lire l’article de St-André au complet. C’est toute une leçon d’histoire et de traduction, un article passionnant!) Tout comme le suggèrent St-André et d’autres auteurs, et comme nous l’avons proposé lors de notre communication au congrès de l’ACFAS, nous avons bien des leçons à tirer des modèles rédactionnels et traductionnels venant d’ailleurs, et nous pourrions repenser les méthodologies didactiques traductionnelles en Occident :

 

The importance of relay translation and collaborative translation, both in Chinese history and in contemporary practice, hold important implications for translation pedagogy as we help prepare to train future generations of practicioners... If translation is in fact often a collaborative process, then training excercises should reflect this reality (St André 2010. p. 86).

 

J’aimerais savoir si vous avez eu des expériences de traduction collective à quatre ou à maintes mains dans vos cours de traduction. J’aimerais aussi connaître vos impressions sur cette façon de travailler. À partir de combien de mains devient-il difficile de travailler ensemble? Quels sont les avantages et les inconvénients de travailler avec d’autres traducteurs en même temps ou en plusieurs étapes? Connaissez-vous d’autres exemples de traduction collective?

 

Julian Zapata Rojas

 

RÉFÉRENCES

 

Sur le colloque à l’Université de Sherbrooke :

 

http://www.acfas.ca/congres/2011/pdf/appel_communications_colloque_319.pdf

 

Sur la traduction collaborative en Chine :

 

St. André, James (2010). « Lessons from Chinese History: Translation as a Collaborative and

     Multi-Stage Process », dans TTR : traduction, terminologie, rédaction, vol. 23, no 1,

     pp. 71-94. Consulté le 18 avril 2011. <http://id.erudit.org/iderudit/044929ar>

 

 

Notre projet de traduction collective littéraire :

 

Castellanos, Rosario. (1971). “Lección de Cocina” dans Álbum de Familia. México: Joaquín Mortiz (Serie del Volador), pp. 7-22.

 

          –––––––––(2011) « Leçon de cuisine » dans Champ des lettres, no 2, trad. collective sous la direction de Marc Charron