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Katia Brien-Simard

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Les joyaux de la langue – partie II

Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2013-05-03

À l’image de la rhétorique antique, nos expressions sont souvent d’éloquentes figures de pensée. On distingue deux catégories de figures, soit les figurae verborum et les figurae sententiarum1. La première opère par des jeux sonores ou graphiques, par des figures de sens, comme la métaphore, ou par construction, en jouant sur l’emplacement des mots. La seconde modifie la description du référent, que ce soit dans une suite de mot, une phrase ou un texte.

 

Dans l’usage courant, on distingue « figures de mots » et « figures de pensées ». Les figures de mots modifient le sens, le signe ou la sonorité, alors que les figures de pensées ont davantage trait aux liens entre les idées. Le site Alis rhétorique propose une définition selon laquelle « on désigne par figure l'opération consistant à modifier une expression par une autre que l'on attendrait à ce moment du discours si celui-ci était écrit au degré zéro […]2. » Nous nommons trope, qui signifie « manière » ou « tour » en grec, la figure qui modifie la signification usuelle des mots. Il existe trois formes de tropes, soit la métaphore, la métonymie et la synecdoque3.

 

Qu’elles procèdent par ajout, effacement, modification ou combinaison, les figures de pensée deviennent parfois des « clichés ».

 

Voici quelques exemples de ces expressions figurées, qui intègrent des références corporelles :

 

Perdre la tête

Avoir la tête dure

Être tombé sur la tête

Avoir la tête haute

Être une tête en l’air

Être une tête enflée

Faire quelque chose sur un coup de tête

Avoir des yeux tout le tour de la tête

Avoir les yeux plus grands que la panse

Avoir une grande gueule

Être à pied d’œuvre

Une main de fer dans un gant de velours

Avoir une langue de vipère

Avoir les mains sales

Avoir des mains pleines de pouces

Avoir le nez fin

Avoir du pif (ou du flair)

S’entendre comme les doigts de la main

Par la peau des fesses

Avoir le pied marin

Faire un pied de nez

Avoir l’estomac dans les talons

Un talon d’Achille

Avoir une poignée dans le dos

Ne pas savoir sur quel pied danser

Se planter les pieds

Danser comme un pied

Donner un coup de main (ou de pouce)

Se prendre en main

Prendre ses jambes à son cou

Avoir les mains liées

Se faire manger la laine sur le dos

 

Quand j’ai quelque chose dans la tête, je ne l’ai pas dans les pieds!

Mange ta main et garde l’autre pour demain!

C’est mon petit doigt qui me l’a dit!

 

Notons finalement que la compréhension de ces expressions requiert une certaine connaissance des lieux communs (topoï). Toutefois, la dérogation à la norme (doxa) permet l’émergence d’un sens nouveau4. C’est ce qui rend nos langues si vivantes.

 

1 Le dictionnaire du littéraire, Paul Aron, Denis St-Jacques et Alain Viala, 2002, p.236.

2 Site consacré aux figures : http://www.alisrhetorique.com/figures.htm

3 http://www.alisrhetorique.com/figures.htm

4 Op.cit., p.237.