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Julian Zapata Rojas

Julian Zapata Rojas
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Extracteur automatique de réalisme magique (EARM)

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-04-12
« La lecture est souvent considérée comme allant de soi
aux yeux de nombreux traducteurs. La compétence de lecture
elle-même, indispensable à l’acquisition de la compétence de traduction,
est rarement débattue en traductologie. »  (Plassard, 2007)

 

Lire, sans faire l’analyse du discours, c’est un peu comme regarder un spectacle de magie sans toutefois faire l’effort de découvrir les tours du magicien. Et c’est correct, pour la magie. Ou pour la lecture de loisir. Cependant, pour la traduction, il faut bien ouvrir les yeux. Il faut, si l’on peut, regarder chaque tour au ralenti.

 

Effectuer l'analyse discursive d'un texte, c’est faire ressortir les éléments et les opérations qui entrent en jeu dans sa production. La production d'un texte, sa structure, sa lecture et sa traduction sont toutes tributaires des « représentations du réel » qui caractérisent une société à un moment précis de l'histoire.

 

Une telle compétence de lecture s'avère essentielle pour traduire tant des textes littéraires que pragmatiques, mais c’est souvent l’analyse discursive comparative des œuvres littéraires vis-à-vis de leurs traductions, parues tout au long de l’histoire, qui permet de mieux illustrer l’absence d’une théorisation de la lecture plus profonde dans la formation de traducteurs.

 

Et j’insiste, les moteurs de traduction automatique et les mémoires de traduction ne pourront jamais voir les textes comme un réseau sémantique plutôt que comme une linéarité de mots ou de phrases isolées.

 

Pour automatiser ou semi-automatiser la traduction de la nouvelle Continuidad de los parques de Julio Cortázar, il faudrait passer d’abord le texte par un Extracteur automatique de réalisme magique (EARM). Ce système aurait d’abord la capacité de déterminer que le texte a été écrit à une époque et dans une société où les écrivains avaient commencé à mettre au défi les conventions de la littérature déjà établies et effectuaient un travail à caractère expérimental et, étant donné le climat politique dans cette société-là, à caractère politique également.

 

Ainsi, l‘EARM aurait la capacité d’analyser les ruptures de la chronologie narrative et de l'utilisation contemporaine des temps verbaux. Aussi, il pourrait déceler tous les éléments fantastiques dans l’oeuvre, les éléments inexplicables qui projettent le texte au-delà de la compréhension rationnelle. L’EARM aurait également la capacité de traiter et d'analyser les ambigüités, les mondes réels et fictifs qui fusionnent dans le texte, les mises en parallèle, les comparaisons et les contrastes au niveau du vocabulaire, de la distribution des paragraphes et même de la mise en page du texte. Bref, notre EARM aurait la capacité de percevoir les nombreux facteurs qui sont entrés en jeu au moment de la production du texte de départ pour ainsi pouvoir ensuite, en combinaison avec le moteur de traduction automatique ou avec la mémoire de traduction, produire un texte dans la langue d’arrivée qui puisse avoir chez le lecteur de la société d’arrivée le même effet magique que le texte en espagnol.

 

Je pense qu’on a eu assez d’« analyse discursive automatique » qui demeure, pour l’instant, dans la science-fiction. Nous, humains, avons la capacité de faire tout cela. Et nous, traducteurs, réviseurs, traductologues ou langagiers, avons le devoir de passer par toutes ces étapes pour arriver à objectiver le processus de traduction ainsi que l'évaluation du produit de cette opération.

 

Je peux vous dire que je déplore que les traducteurs des versions en anglais et en français que j’ai lues de Continuidad de los parques n’aient pas démontré le moindre effort d’analyse de discours pour arriver à compenser, dans l’absence de stratégies correspondantes dans le « code » (Frawley, 1984) de traduction, l’effet rhétorique du réalisme magique dans l’œuvre originale.

 

Julian Zapata Rojas

 

1 comment


Julian,

Votre billet prouve bien l'importance des cours de traduction littéraire dans le corpus universitaire des futurs traducteurs.

Il va sans dire que l'analyse littéraire, qu'elle soit discursive, narratologique ou sociologique, nécessite l'approfondissement de nombreuses connaissances socioculturelles, mais surtout, de la sensibilité littéraire qui se forge en lisant. Sans cette sensibilité, il est impossible de restituer honorablement cet effet magique auquel vous faites référence, et qui rend si distincts les textes littéraires.