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Julian Zapata Rojas

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Analyse du discours : ce que les machines ne peuvent pas faire

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-27

Au moins, je lance le défi aux génies de la linguistique informatique. Peut-être qu'un jour, pas très lointain, le titre de ce billet ne sera plus vrai. Mais il l’est, ici et maintenant.

 

À mes collègues passionnés des mots, des langues, de la traduction et des technologies langagières, je vous offre une nouvelle perspective de la linguistique et de la traduction : l’analyse du discours (étudiée aujourd’hui en traductologie). Dans un blogue sur les technologies langagières, où l’on parle souvent et surtout de l’impossibilité de remplacer les traducteurs humains par des machines, parce que ces dernières ne peuvent pas penser, il me semble pertinent et essentiel d’exposer la théorie de l’analyse du discours, puisque la notion de discours ne se limite pas uniquement à la déclamation (orale) du gouverneur général, du premier ministre ou du président de l’assemblée…

 

La définition linguistique de discours que nous donne Antidote est la suivante :

  • Ensemble des énoncés, des phrases enchainées qui forment un message.

 

Moi, je définis le discours comme une production linguistique, textuelle ou orale, qui comprend un ensemble de mots, de phrases, d’expressions et de stratégies grammaticales constituant un réseau sémantique propre à l’institution, à la culture, à l’identité sociale, bref, à l’espace-temps de sa production.

 

En d’autres mots, parler de discours c’est aller au-delà de la notion de texte. Faire l’analyse de discours, c’est regarder au-delà d’un texte : une tâche difficile à automatiser.

 

Laissez-moi illustrer la notion de l’analyse du discours avec deux exemples :

 

1.      « We have never been just a collection of blue states and red states »

2.      — Il fait chaud, n’est-ce pas?

         — Mais oui, tellement!

 

La phrase de l'exemple numéro 1, énoncée isolément, ne veut rien dire si l’on ne connait pas l’espace-temps (le ici et le maintenant) de son énonciation. Qui est « we », de quelle « collection of states » parle-t-on, et c’est quoi cette histoire des couleurs bleu et rouge? Ce n’est qu’au moment d’apprendre que la phrase a été pronnoncée par B. Obama, à Chicago, en novembre 2008, que l’on peut « aller au-delà » de l’énoncé et comprendre chacun des éléments (à savoir, que « we » c’est le (nouveau) président et le peuple américains, que la « collection » dont il parle c’est les États-Unis, et que les couleurs bleu et rouge font référence aux principaux partis politiques américains : démocrate et républicain).  

 

Quant à l’exemple numéro 2, si je vous dis que cette miniconversation a lieu dans un arrêt d’autobus en banlieue montréalaise au mois de janvier, comprend-on la même chose que si l’on la regarde isolément? On saurait que, de fait, il fait très froid, que les locuteurs parlent d’un ton sarcastique et qu’ils sont mécontents de l’hiver.

 

Or, l’analyse du discours est bien plus que cela. Elle problématise les notions de « sens » et du « vouloir dire de l’auteur », puisque ceux-ci ne sont jamais évidents. À mon avis, nous, humains, avons la capacité et les moyens de nous rapprocher le plus possible au « vouloir dire de l’auteur », même si c’est impossible d'y arriver, mais les machines ne pourront rester que dans la surface.

 

Une machine ne pourra jamais comprendre pourquoi l’écrivain argentin Julio Cortázar (1914 -1984) aurait conjugué (consciemment) de façon non conventionnelle les 52 verbes de la nouvelle Continuidad de los parques, en plus d’avoir soigné la distribution des paragraphes et le choix des mots, pour parvenir à produire chez le lecteur l’effet magique recherché…

 

(À suivre)

 

1 comment


Très intéressant de replacer le discours dans le domaine du sens et de réaffirmer le trésor de l'humain dans une époque toujours plus automatisée.