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Marie Eve Levesque

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Pour une bouchée de pain

Published by le.maeve@gmail.com on 2012-03-26

J’affectionne la complexité de chaque langue et j’aimerais, d’ici quelques années, en ajouter certaines à mon répertoire oral et, qui sait, peut-être approfondir mon anglais pour le rendre à un niveau de langue maternelle. Malheureusement, ce ne sont pas tous les gens qui ont les mêmes scrupules que moi, et nos amis anglophones, plus que nous dans la francophonie, doivent se battre avec une multitude de personnes qui croient savoir rédiger en anglais parce qu’elles le « parlent ». À cet effet, j’écrirai un article qui démontre le phénomène avec plusieurs sites intéressants, un peu comme la section Pour rire un peu. Parfois, nous serions tentés de nous dire « vaut mieux en rire qu’en pleurer », car les mauvaises traductions participent à l’appauvrissement de la langue, à la banalisation de l’importance d’une bonne rédaction et à la négligence de certains d’engager des traducteurs professionnels.

Bien entendu, il existe plusieurs cabinets de traduction sérieux et plusieurs entreprises qui comprennent qu’une belle image est représentée non seulement par une publicité à grands frais, mais aussi par une communication soignée. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs personnes à ce sujet, et cela me faisait chaud au cœur. Ceci étant dit, je passerai donc à un sujet tabou : la coupe des prix dans le monde de la traduction.

 

Malheureusement, c’est une réalité à laquelle se frottent plusieurs pigistes et certains travailleurs dans le domaine du secrétariat. Il suffit de chercher sur les sites d’emplois pour voir nombre d’emplois à dix dollars l’heure qui demandent aux candidats de pouvoir traduire. Je crois qu’une entreprise sérieuse offrira un salaire sérieux. Bien que je trouve ce sujet extrêmement délicat, je crois qu’il est important d’en parler. Notamment avec ce manifeste visant à promouvoir le droit aux traducteurs de vivre de leur métier. Il est divisé en plusieurs onglets, dont resistance, translation fail et respect. Cela peut sembler brutal, mais il est important de se serrer les coudes entre traducteurs. Il existe un site italien qui mentionne certaines pratiques honteuses. Certains sites de pigistes laissent des clients mettre des prix dérisoires et, en plus, demandent au traducteur une commission de 8,75 % à 10 % du contrat pour l’avoir aidé à trouver du travail. Je ne serais pas contre cette politique si le site hôte refusait les offres insultantes.

 

Dans un rapport de 1999, le gouvernement canadien a produit un rapport final fait par le Comité sectoriel de l’industrie canadienne de la traduction. Bien qu’un peu vieux, ce rapport est encore d’actualité. On y mentionne une baisse salariale de 3,6 % entre 1990 et 1995. On explique que la récession de 1991 a peut-être été l’une des causes et que, plusieurs cabinets ayant supprimé des postes de traducteurs permanents, certains traducteurs expérimentés ont décidé d’accepter des salaires moindres. De nos jours, cette récession se fait toujours sentir. Le Comité mentionne que « compte tenu du niveau de scolarisation et du nombre d'années d'expérience moyen des traducteurs, un revenu moyen de 40 570 $ par année est relativement bas pour un traducteur à plein temps » (rapport final du Comité sectoriel, 1999). Le rapport explique que cette situation est causée par la méconnaissance et le manque de valorisation de la profession.

 

Pour ma part, je crois que plusieurs aspects expliquent cette baisse salariale. Tout le monde comprend le phénomène de sous-traitance, et je crois que c’est ce qui fait le plus mal à notre domaine. À force de sous-traiter les contrats, chacun diminue un peu plus son prix, de sorte qu’à la fin de la chaine, il ne reste que des miettes. Il y a aussi certaines personnes sur les sites de pige qui offrent du travail à un prix ridicule, de l’ordre de 0,01 $ le mot et ce qui est contrariant, c’est que des gens acceptent cela. Notamment des gens qui n’ont pas d’éducation en traduction ou qui proviennent de pays où ce genre de prix est normal. Bien entendu, un problème majeur se pose. Il est difficile pour un étudiant sans expérience de se trouver un travail et il est facile d’être tenté d’accepter un salaire minable pour obtenir l’expérience. Sur le coup, la personne croit faire une belle affaire, mais elle se rendra vite compte que son travail ne sera pas révisé et qu’elle aura travaillé énormément pour rien.

 

« Je parle cette langue, donc je sais l’écrire » exprime la dévalorisation du métier. J’ai déjà téléphoné dans un endroit où l’on m’expliquait que mon salaire dépendrait de ma productivité, qu’ils avaient des femmes en congé de maternité et des retraités qui faisaient de la traduction dans leur temps libre. J’étais complètement abasourdie, j’ai donc éduqué la personne en lui mentionnant qu’au Canada, c’était un diplôme universitaire pour la traduction et que le mot à mot n’était pas du tout synonyme de bonne traduction. En tant que langagiers, c’est notre devoir de parler des difficultés du français et d’expliquer le facteur de risque aux futurs clients.

 

Il est de la responsabilité de chacun de promouvoir notre métier et de ne pas baisser ses tarifs. En effet, auriez-vous l’idée de demander à votre plombier une réduction de 20 % de son salaire? Afin de rectifier la situation, il faudrait que la majorité des entreprises acceptent des stagiaires et que les universités déploient un effort pour aider les étudiants.


J’aimerais avoir votre opinion sur mon article, êtes-vous en accord ou en désaccord? Croyez-vous que j’exagère ou qu’effectivement, il faut mettre la main à la pâte pour assurer la relève?

 

3 comments


J'ai des sentiments croisés, mais je suis plutôt d'accord avec vous. Vous savez, je suis l'un de ceux qui se battent pour la revendication et la valorisation de notre profession, et je suis pour la recherche de méthodes et des outils qui nous permettent d'être plus efficaces, et non pas simplement « productifs ».

Pourtant, pour ce qui est des sites de pige offrant des contrats « à un prix ridicule », il me semble qu'il s'agit d'une situation touchant plusieurs secteurs : la main d'œuvre dans des pays en développement est moins chère. Si les paiements s'effectuent comme il faut, il s'agit d'une excellente occasion pour des personnes compétentes de trouver de l'emploi, là où il n'y en a pas beaucoup sur place.

Un salaire de 0,01 $ le mot peut être une somme importante pour un traducteur vivant dans un pays où le taux d'échange du dollar est avantageux. Si en une journée on traduit 1 500 mots à 0,01 $ en une journée, c'est 15 $, et ça, dans beaucoup de pays, peut être le salaire mensuel d'un plombier ou d'un médecin.

On ne peut pas supposer que ces traducteurs acceptant ces contrats ne possèdent pas de formation en traduction. Il existe de très bons programmes de formation à la traduction professionnelle en Amérique latine (notamment à Cuba, en Colombie, au Pérou, au Mexique, en Argentine et au Chili) sans mentionner les écoles en Afrique et en Asie.

Merci de nous inviter à réfléchir sur cette question de la (dé)valorisation de la profession. C'est une des questions nécessitant le plus de recherche en traductologie.



Effectivement, le revers de la mondialisation peut influencer les sites de piges. Là encore, nous pourrions soulever un autre débat. Est-ce éthique de payer des gens à un taux dérisoire, car dans leur pays cela représente une grande somme?

Il y a effectivement beaucoup de lectures à faire et de recherches aussi. Au fil de mes recherches, j'ai vu plusieurs sites d'Amérique latine qui étaient contre les mauvaises traductions et pour la reconnaissance du métier.

Merci pour votre opinion!




« Il est de la responsabilité de chacun de promouvoir notre métier et de ne pas baisser ses tarifs. »
Une phrase lourde de sens qui trouve en moi, même si je ne suis pas traducteur, un écho particulier. Donner de la valeur à ce que l'on fait, à sa passion, à son métier est une forme de résistance à la dépréciation, et une facon de réaffirmer sa qualité et les efforts consentis pour l'acquérir.