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Johan Centime

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Le procès des « encombrants » de la langue

Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-24

Au procès de la langue, l’avocat dirait :

 

« Bien sûr, votre honneur, la langue est en constante évolution et ne demeure pas figée comme une pierre, elle est mouvement et de ce mouvement nait l’action d’où découle l’émotion ».

 

J’acquiesce… Il a raison, bien sûr. Comme dirait Galilée en parlant de la terre : « Et pourtant elle tourne », mais ce qui vaut pour elle, vaut bien pour la langue.

Elle tourne… C’est la preuve de son évolution qui lui fait échapper à la platitude des stagnations.

 

« Elle tourne », dirait donc ce bon vieux Galilée… Eppur si muove, si l’on veut coller à la réalité des faits.

« Comme le lait », ajouterai-je de ma légendaire taquinerie…

 

Arriverait le procureur qui dirait, dans une démonstration ad hominem : 

« Bien sûr, votre honneur, la langue est en constante évolution et ne demeure pas figée, elle roule comme une pierre, elle est mouvement, de ce mouvement poussé par l’élan, tout porte à croire avec la déclivité ambiante qu’elle finira dans le ravin. »

                           

Démonstration par l’absurde qui prouve que ce qui vaut pour la terre vaut pour la pierre et pour la langue, le mouvement et l’évolution pouvant l’amener au sommet comme dans les catacombes… de la renaissance à l’âge de pierre.

 

« Fine analyse, procureur, mais avancez vos preuves! »

 

Je cite, votre honneur, les dialogues modernes empruntés, est-il besoin de le rappeler, aux dialogues urbains…

Je cite : « J'sais pas kès(i) kisé passé » quand, en l’occurrence, « ce qui s’est passé » me semble plus adapté.

Je cite : « Ils croivent » avoir raison pour « croient », soit l’apparition, votre honneur, du verbe « croiver » dans le langage usuel, soit comme preuve d’un modernisme permissif ou d’une évolution (pour citer l’avocat), l’apparition d’un verbe du « 4e groupe » français regroupant certainement la minorité des néoverbismes éhontés.

« C’est trop bien, trop bien » pour « très »;

« Je kiffe » pour « j’apprécie »;

« Pallier à » pour « pallier ».

Et comme disent souvent, en guise d’adhésion interrogative à leurs arguments, nos contemporains :

« Tu vois, tu vois? » 

 

« Non, non, votre honneur », ai-je envie de répondre, « comme ma sœur Anne, je ne vois rien venir à part une inadéquation langagière et un mélange des sens, qui font utiliser un verbe de vision quand un verbe d’adhésion devrait être sollicité. »

 

Fort de ce constat, je dis, votre honneur, que l’évolution est nécessaire y compris dans la langue, mais tout dépend du sens de sa marche, car une évolution en marche arrière s’appelle une régression, et celle-ci n’est en rien un gage de pérennité, elle porte en elle les germes d’une prochaine extinction…

 

Car la pierre de la langue roule, mais dément le proverbe qui dit que, dans sa course, elle n’amasse pas mousse.

Celle-ci, bien au contraire, encombre parfois sa course...

 

Car la langue est pérenne quand autour d’elle s’agglomèrent les tournures élégantes, avec poésie, qui la rendent si belle, au lieu des scories langagières qui l’entourent les jours de voirie comme des encombrants tassés autour d’une benne.

 

Festina lente

 

Johan Centime

 

9 comments


Je suis bien d'accord avec ce discours. Ce texte a illuminé ma journée.

Bien entendu, il y a toujours des changements le roy est devenu un roi, mais il ne devrait pas devenir le king.

Cela pourrait nous amener au débat de la nouvelle orthographe.



je te remercie maeve , en effet tu abordes un point tres important:"le debat de la nouvelle orthographe" merci pour ton commentaire éclairé


Nouvelle orthographe? Nous oublions trop souvent que celle-ci date de 1990!

À mon avis, il est rafraichissant de faire du ménage dans les termes archaïques afin de faire place aux néologismes qui enrichissent notre langue en l’imageant! C’est ce qui résulte du fait que nos dictionnaires français comprennent un nombre fixe de mots.

Je vous invite à lire mes billets sur le sujet!



Et qu'est-ce que 12 ans à l'échelle de la langue? Un balbutiement!
Mais c'est ton avis et, comme tout avis, il se doit d'etre respecté... Même quand il n'est pas partagé... et je ne le partage pas, je dois bien l'avouer.



Je sais que la « nouvelle orthographe » est là depuis un moment. Je suis pour délester certains termes. Mais « mademoiselle » est un très beau terme.

Nous devrions nous pencher sur la syntaxe et la grammaire plutôt que sur l'orthographe si nous voulions un vrai ménage. Mais, c'est mon humble avis.

En fait, nous avons commencé le ménage, notamment avec le passé simple, qui est désuet, mais il faudrait revoir certaines règles complexes aussi.

Par contre, les dictionnaires ne sont pas toujours fiables, ils se laissent très souvent emportés par l'usage, au détriment de la langue parfois.




Les dictionnaires, de gardiens du temple sont devenus les témoins de leur époque. Je ne suis pas « archaïste », je ne crois pas necessairement en la prééminence du passé sur le présent, mais je ne suis pas non plus « moderniste » à croire que tout ce qui est validé par les dictionnaires contemporains (ou l’époque contemporaine tout court) soit obligatoirement un progrès pour la langue.

À quand la validation de « ils croivent » par le dictionnaire?
Il y a des « rafraichissements », pour reprendre les termes de Katia, qui à mon avis frôlent l'indigestion.



Certains usages ne me plaisent pas non plus! On parle d'évolution, mais à quel prix?

 
J'oubliais de vous remercier pour ce judicieux billet qui suscite beaucoup d'interaction!



Je t'en prie Katia, le but de ce blogue est le débat.
Je ne manquerai pas de lire le lien que tu m'as adressé afin de comprendre ta vision sur l'évolution de la langue et de pouvoir en débattre.



Aucun billet n'avais suscité tant d'interaction. Ça nourrit ma réflexion, moi-aussi, car cette question de l'évolution de la langue (française) me chatouille de l'intérieur...