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Johan Centime

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Rendre leurs « elles » aux demoiselles

Published by johan.centime@yahoo.fr on 2012-03-23

Jadis, il arrivait que les poètes face à l’encre de la nuit demandent à la lune, demoiselle du ciel, un rayon pour mieux éclairer leur inspiration…

 

Ce fut le cas du chanteur qui au clair de la lune demanda à Pierrot sa plume pour écrire un mot, mais également de… Khayyâm (Omar pour les intimes) qui, au détour d’un robbayat, dit :

 

La lune a déchiré la robe de la nuit

(…) profite bien du bonheur, bientôt le clair de lune

Sur notre tombe à nous rayonnera sans bruit

 

Avant l’avènement d’un monde mutique où toute œuvre se tait.

 

Je demande du bout de mes doigts dans un murmure lettré, discret et blessé… une « phrase de silence » en l’honneur de la perte d’un mot…

 

Dans la langue de Molière, comme dans bien d’autres langues, il est coutume de décerner un titre aux femmes non mariées : mademoiselle.

 

Non pour les amoindrir, mais au contraire pour rêver de grandir et de parvenir avec elles à la maturité.

Leur donner des ailes, les faire chavirer dans le secret espoir de leur donner un nom qui n’était pas le leur initialement, mais bien le nôtre et en faire des dames… en toute égalité.

 

Et ce mot, depuis peu face à la course du monde et ses nouvelles balises, achève de disparaitre, comme le ferait une lune en son éclipse… faisant pâlir un peu plus l’éclat de la langue comme le ferait une flamme sous des souffles spécieux.

 

Et si cette perte vous semble accessoire dans la langue de Molière, elle peut aussi contraindre d’autres langues à se taire.

La langue de Shakespeare qui, à l’annonce d’un show, ne dira plus jamais « L… and gentlemen ».

La langue de Dante qui rendra muets tous les raggazzi rêvant de farniente en compagnie de raggazze…

La langue de Cervantès qui pour dire « mademoiselle » à la suite de señora n’ajoutera plus « ita ».

Ita… ita... ita, tant comme disaient les Latins «  Ita missa est* » (la messe est dite).

 

Ainsi en est-il des langues qui perdent parfois leurs mots sur les pages lettrées comme s’éteignent des étoiles sur la Voie lactée…

 

Et ce, même si certains poètes au bas d’une demeure (pour, mesdemoiselles, mieux vous écrire un mot) demandent à la lune de leur prêter une plume…

 

La même certainement qui fit dire à Miguel de Cervantès : « qu’elle est la langue de l’âme ».

Ce à quoi je lui réponds : « avec une plume et un mot de moins ma langue s’élève moins haut ».

 

Un peu comme celles qui s’élèveront moins haut, quand le mot « mademoiselle », privé de ses plumes et ses « elle », restera cloué au sol alors qu’elles rêvent d’envol…

 

Clouées comme la langue sur « un mot perdu de trop » dans sa course contre le temps.

 

Johan Centime

 

2 comments


Bonjour Johan,
Garde ton chapeau. J'enlève le mien.



Voila un trait qui me forcement me poussera à l'enlever ...lol