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Julian Zapata Rojas

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Interprĕs, interprĕtis 104

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2012-03-13

L’interprĕtātĭo consécutive et l’interprĕtātĭo simultanée (voir mon billet précédent) sont probablement les deux modes de traduction orale les plus connus et pratiqués.  Cependant, trois autres modes sont souvent le meilleur choix, dépendamment des circonstances, des combinaisons de langues, de la disponibilité de l’équipement, du nombre de locuteurs, etc. Voici la suite :

 

  • Interprĕtātĭo chuchotée. Assis(e) à proximité de son ou ses clients (normalement un petit groupe de trois ou quatre personnes maximum), l’interprĕs ou l’interprĕtis « chuchote » simultanément la traduction. La principale difficulté de cette technique est d'entendre sa propre voix en même temps qu’on écoute (ou essaie d’écouter) le locuteur, ce dernier parlant parfois sans microphone. On a recours à cette technique lorsque l’on sait d’avance que seulement un petit nombre des auditeurs, d’une conférence par exemple, ne parlent pas la langue de la majorité – la langue dans laquelle se déroule la conférence.

o   Note curieuse : Ce n’est pas toujours que l’on sait d’avance si un petit nombre des auditeurs d’une conférence aurait besoin d’interprĕtātĭo chuchotée. Souvent, on embauche des interprĕs « juste au cas où… ». Une fois, j’ai été l’heureux (ou malheureux) interprĕs d’une équipe d’interprĕtātĭo à ne pas avoir eu de client, à un important évènement d’envergure nationale sur la recherche en santé mondiale, qui a eu lieu à Ottawa en 2009. Mais je ne peux pas dire que j’y suis allé pour rien…

  • Interprĕtātĭo relais. Disons qu’il s’agit d’une double interprĕtātĭo. La traduction que l’auditoire écoute est la traduction d’une traduction.

o   Note curieuse : Cette technique, bien que déconseillée généralement, est inévitable dans certaines combinaisons de langues et dans certaines situations. La première fois que j’ai entendu parler de cette technique a été lors de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP15) en 2009. Visionnez cette vidéo expliquant le fonctionnement de l’équipe d’interprĕtātĭo à Copenhague.  

  • Interprĕtātĭo de liaison. Il s’agit de faire la liaison entre deux (groupes de) personnes parlant des langues différentes. C’est-à-dire que l’interprĕs ou l’interprĕtis fait le va-et-vient constant entre les langues en question. Cette technique est normalement utilisée dans les contextes plus privés ou plus informels.

o   Note curieuse : L’interprĕtātĭo de liaison peut être le mode de traduction orale le plus fatiguant, non seulement parce que l’interprĕs ou l’interprĕtis doit constamment « tourner la cassette » (aller d’une langue à l’autre), ce qui représente une charge cognitive importante, mais aussi parce que les journées de travail peuvent être très, très *soupir *, très longues...

 

Vers la fin de mon année d’échange à l’ISIT de Paris (il y a 3 ans exactement), j’ai eu l’occasion de travailler comme interprĕs de liaison stagiaire pendant 10 jours. Mon rôle : faire la liaison, de 14 à 16 heures par jour, entre mon client (un ingénieur agronome colombien) et des centaines de Français, un peu partout au pays. Du « bonjour » au « bonne nuit », en passant par ses conférences, ses tables rondes, ses entrevues à plusieurs postes de radio, ses déplacements, ses repas et ses visites sur le terrain, il fallait que sa voix (moi) soit là, en tout temps, pour comprendre et se faire comprendre.

 

Je garde dans les entrailles de ma mémoire les plus beaux souvenirs et les plus amusantes anecdotes de cette expérience. J’ai voyagé, j’ai mangé et j’ai bu. J’ai aussi traduit à la radio française et j’ai été dans les journaux. Mais plus important encore, j’ai contribué à une bonne cause. (La raison de la visite de mon client en France était dans le cadre d’une campagne nationale de soutien aux pays en développement.) 

 

J’ai aussi été devant une panoplie de situations traductionnelles où il a fallu que je fasse preuve (immédiate) de créativité et que je me serve de tout l’outillage linguistique et culturel que j’ai acquis depuis ma naissance et au cours de mes études et de mes voyages, pour assurer un rendu le plus exact possible tant pour mon client colombien, en espagnol, que pour le public français. J’avais vraiment le sentiment d’être un acteur indispensable dans le bon déroulement de cette campagne d’aide au développement profitant à mon pays d’origine…