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Katia Brien-Simard

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Les particularités de la langue des Québécois

Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2012-01-18

Comme le soutenait l’auteur Gaston Miron, le français québécois n’est pas en situation de bilinguisme, mais plutôt de « diglossie ». Cela signifie que l’on utilise « deux variétés d’une même langue, chacune d’elles ayant un statut et des fonctions différentes »1. Ainsi, au Québec, le locuteur passera du français standard au français dit « québécois », en fonction du contexte social de la discussion.

 

Ce que l’on nomme un québécisme est un régionalisme, c’est-à-dire un « fait de langue propre à une région »2, en l’occurrence québécoise, ou encore un emploi qui prend un sens différent selon l’endroit. Il peut être formel ou sémantique. On dénombre plusieurs types de québécismes, notamment les archaïsmes, les dialectalismes et les anglicismes.

 

Les archaïsmes sont des « formes lexicales anciennes, disparues ou en voie de disparition dans le français moderne, mais encore usitées au Québec et dans certaines régions de la francophonie »3.Parmi les archaïsmes formels, on retrouve des mots tels « brunante » (relatif à la couleur brunâtre du ciel au coucher du soleil) ou encore « abrier » (pour mettre sous un drap). Parmi les archaïsmes sémantiques, on pourrait nommer« garde-robe », qui désigne un placard, ou « jambette », qui signifie croc-en-jambe.4

En ce qui a trait aux dialectalismes, c’est-à-dire les mots issus d’un « dialecte de la France »5, les dialectalismes formels se retrouvent plutôt dans l’oralité et sont souvent issus de croisements. Par exemple, le mot « écornifler » provient d’un croisement entre les mots « écorner » et « renifler ». Les dialectalismes sémantiques sont parfois une dérive d’un mot existant. Les Québécois disent d’ailleurs souvent « mouiller » pour pleuvoir, en raison du résultat de la pluie.

 

L’emploi des régionalismes est courant dans l’oralité. Sur la Côte-Nord du Québec, les « flots » désignent les enfants. On explique souvent ce phénomène par la proximité de la mer. Au Saguenay, on dit que les chemins sont « coulants » pour dire qu’ils sont glissants, et que quelqu’un est « gigon » pour signifier que cette personne manque de distinction. Il y a également des régionalismes plus répandus, tel « nenni », adverbe de négation employé très tôt par Jean de La Fontaine, notamment dans la fable La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et encore aujourd’hui par l’ensemble des locuteurs du français.

 

Les déformations et les néologismes

 

Parmi les néologismes, on distingue les néologismes de création et d’emprunts. Les néologismes de créations formels et sémantiques sont souvent des mots forgés sur la base d’autres mots. Par exemple,  « motoneige »  provient du croisement entre « motocyclette » et « neige ». Parmi les néologismes sémantiques, on retrouve notamment le mot « laveuse » qui signifie un « lave-linge » et est largement employé au Québec, de même que « magasinage » qui signifie « faire des courses en magasin ».

 

Les néologismes d’emprunts, quant à eux, sont souvent dérivés de l’anglais, des langues amérindiennes, etc. Ceux empruntés à l’anglais peuvent être formels ou sémantiques. Les néologismes d’emprunts formels sont dérivés de mots existants. Par exemple, le mot registraire est dérivé du verbe to register. Les emprunts sémantiques, pour leur part, sont davantage attribuables au sens. Par exemple, en français québécois, le mot batterie (de l’anglais battery) désigne une pile.

 

Les néologismes d’emprunts aux langues amérindiennes conservent la forme originale du mot. Le mot « achigan » vient d’ailleurs de l’algonquin « qui se débat », et « atoca » est le mot iroquois qui désigne l’airelle des marais, plus communément appelée la canneberge.

 

Il y a aussi les emprunts à d’autres langues, qui ne sont pas nécessairement admis, comme « cachère ». Par contre, certains le sont, comme le mot « taboulé » qui provient de l’arabe dialectal.

 

À l’instar de Claude Gauvreau, grand dramaturge québécois, ma grand-mère employait fréquemment des néologismes, qui se perpétuent de façon intergénérationnelle. Elle réprimandait ainsi souvent ses enfants en leur disant : « Arrêtez de vous gringaçer! ». Vous l’aurez peut-être deviné par l’évocation du mot « grincer », ce néologisme signifie se chamailler, se tirailler. C’est là la beauté des néologismes; bien que ceux-ci ne soient pas répertoriés, on peut facilement les comprendre grâce à ce qu’ils évoquent!

 

Dans l’espoir d’avoir réussi à faire rayonner le français québécois à vos yeux, je vous invite à continuer à rendre votre langue vivante en employant les termes qui vous sont propres, peu importe votre région du monde!

 

1Définition tirée du Petit Robert  2011

2Définition tirée du Petit Robert 2011

3Définition tirée de la Direction de la qualité de la communication du HEC de Montréal : http://www2.hec.ca/qualitecomm/chroniques/franqueb/usageslexicaux.html

4La plupart des exemples et des explications sont tirés d’un site Web consacré aux régionalismes : http://legrenierdebibiane.com/participez/Expressions/quebec2.htm

5Définition tirée de la Direction de la qualité de la communication du HEC de Montréal : http://www2.hec.ca/qualitecomm/chroniques/franqueb/usageslexicaux.html

 

2 comments


Bonjour Katia,
Merci pour cet excellent billet. J'avoue qu'avec ton article j'appends pas mal de nouveaux mots particuliers à la langue des Québécois! Il y a en effet plein de néologismes qui ne sont pas répertoriés, mais qui sont tellement répandus qu'on se demande pourquoi on ne les trouve pas dans les dictionnaires. Mais beaucoup de ces mots finissent par apparaître dans le dictionnaire tôt ou tard. Je connais, pour la langue anglaise, le "dictionnaire ouvert" du Merriam-Webster Online, où les internautes soumettent les mots qu'ils pensent qui devraient être répertories dans le dictionnaire. Très utile sans doute pour un travail de traduction : http://nws.merriam-webster.com/opendictionary/(external link) . Savez-vous s'il existe quelque chose du genre pour la langue française/québécoise?



Bonjour Julian,

Merci pour tes commentaires!

Il existe quelques dictionnaires de français québécois qui témoignent des écarts entre les variétés de français, dont l’un des plus connus serait le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron. Il y a aussi le Dictionnaire de la langue française – Le français vu du Québec, que l’on doit au Franqus (Français québécois : usage standard), un groupe de chercheurs du Centre d’analyse et de traitement informatique du français québécois de l’Université de Sherbrooke.
Lexilogos offre également un dictionnaire québécois en ligne, auquel on peut accéder au http://www.lexilogos.com/quebecois_langue_dictionnaires.htm.(external link) Ce dernier permet d’effectuer des recherches plus ciblées et comprend des expressions.

Je t’invite à lire les billets de Patrick Paré, un blogueur de LinguisTech qui s’intéresse également au phénomène du français québécois et qui ne mâche pas ses mots!

P.s : J’aimerais bien répondre aux autres questions de ton billet intitulé Pour le service en français; dites « français du Québec » ; il m'est toutefois impossible de le relire en entier car la majeure partie s’est effacée. Pourrais-tu donc le mettre à jour?

Au plaisir de te lire!