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Katia Brien-Simard

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Le français international, dites-vous?

Published by kitkatia_7@hotmail.com on 2011-12-21

C’est connu, le français québécois est bien différent du français européen! Combien d’histoires loufoques concernant l’incompréhension entre deux locuteurs d’une même langue avons-nous entendues? Il en va de même partout dans le monde, peu importe la langue parlée. L’anglais américain et l’anglais britannique comportent leur lot de différences, tout comme l’arabe magrébin se différencie de l’arabe oriental, etc.

 

Au Québec, un débat fait rage entre les exogénistes, qui prônent le français standard et qui tentent d’éviter les régionalismes, et les endogénistes, qui soutiennent que le français québécois est aussi valable que les autres « variétés de français » et considèrent comme une utopie le français standard. Lionel Meney fait état de ce débat dans son ouvrage Main basse sur la langue, idéologie et interventionnisme linguistique au Québec paru en 2010 chez Liber. Associé au camp des exogénistes, il soutient que la position des endogénistes entraine la ghettoïsation linguistique et l’anglicisation des Québécois.

 

À mon avis, la « contamination » linguistique est souvent perçue négativement, selon une vision largement véhiculée dans la société, à commencer par le terme parasitaire associé à ce phénomène. Francis Gingras, un linguiste que j’ai eu l’occasion de côtoyer à l’Université de Montréal, déplorait d’ailleurs la connotation négative attribuée au langage parlé des Québécois, souvent considéré comme un français « relâché ». Or, au temps du Roi Soleil (Louis XIV), le Roi lui-même privilégiait ce type de prononciation. Il disait par exemple : « Le roué, c’est moé. » De plus, la norme était associée à la langue du nord (oïl), où vivait le Roi, et non à celle du sud (oc). Notons que « oïl » et « oc » désignaient simplement la façon de dire « oui », selon la région française habitée.

 

Paradoxalement, c’est au déclin de la forme « classique », ou « standard », des langues que l’on pourrait attribuer l’évolution de celles-ci, en ce sens que, d’un côté à l’autre des océans, la langue est influencée par le contexte dans lequel elle évolue.

 

L’utilisation d’anglicismes est un phénomène tout à fait normal, considérant l’influence des Canadiens anglais et de nos voisins américains. Ainsi, le contexte d'un Canada majoritairement anglophone et la proximité des États-Unis expliquent bien l’accusation selon laquelle les Québécois parlent « franglais »! Même les Québécois les plus à l’aise en français cherchent parfois leurs mots afin de désigner une chose ou un concept avec le mot juste. Ils doivent souvent pallier cette lacune avec un mot anglais. Et pour cause, il existe davantage de mots de vocabulaire en anglais alors qu’en français, plusieurs définitions étant attribuées à un même mot. En effet, l’Oxford English Dictionary comporte 500 000 mots, alors que le Petit Robert en comprend seulement 60 000 pour 300 000 sens! Cela s’explique par le fait que l’anglais inclut à la fois des mots d’origine germanique et romane. On saisit dès lors mieux pourquoi l’emploi de ces termes anglais est souvent plus précis.

 

Selon M. Francis Gingras, il n’existe pas une façon de s’exprimer qui soit la « meilleure », parce qu’une langue est en constante évolution! Ce qui nous donne l’impression de ce schisme serait davantage la différence que l’on établit entre les registres de langue qui existent et le niveau de « notoriété » qui leur est attribué. Or, c’est véritablement le contexte qui détermine l’emploi d’un mot ou d’un autre. Ainsi, le langage utilisé dans un milieu ouvrier est bien différent de celui employé dans une université.

 

Aucune langue n’est immuable. C’est d’ailleurs à force d’utiliser un mot que celui-ci entre dans l’usage. Les expressions sont idiomatiques et la nomenclature, fluctuante. C’est ce qui permet aux langues de rester vivantes. Il faudrait donc considérer cette évolution comme un enrichissement.

 

Au retour des Fêtes, je vous présenterai quelques-unes des perles du langage québécois.

 

 

Sources :

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/283613/l-entrevue-lionel-meney-ou-le-cauchemar-des-endogenistes

http://fr.wikipedia.org/wiki/Débat_sur_la_norme_du_français_québécois

http://www.2-2.se/fr/19.html

 

1 comment


Merci pour cette petite leçon d'histoire et de linguistique! Évidemment, la langue est en constante évolution, et malheureusement nous ne vivons pas assez longtemps pour percevoir un important changement dans la langue ou les langues que nous parlons. Vous me faites penser aux réflexions que j'ai soulevées dans mon deuxième billet Ajoutez un dictionnaire de cooccurrences. Remuez bien. En effet, il n’existe pas une façon de s’exprimer qui soit la « meilleure », mais nous gagnons plus si nous sommes capables d'adapter notre façon de dire (et donc d'écrire) au contexte de communication. C'est comme connaître plusieurs langues, c'est faire de la traduction intralinguistique. C'est être Québécois, aller en Belgique, et dire sans crainte nonante-trois, et non pas quatre-vingt-treize. C'est être Suisse, aller à Laval-des-rapides et savoir qu'on peut trouver du masking tape dans un dépanneur.
Au plaisir de lire votre prochain billet!