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Julian Zapata Rojas

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Tour de Babel : contremaitre de chantier recherché

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2011-12-03

Le candidat retenu pour ce poste devra faire preuve de compétences communicatives dans plusieurs dizaines de langues vivantes. Avoir des connaissances dans une ou plusieurs langues mortes constitue un atout. Veuillez soumettre votre CV accompagné d’une lettre de présentation, dans la langue de votre choix, décrivant pourquoi vous êtes le candidat idéal pour ce poste.

 

J’étais fier lorsque j’ai appris que si les travaux de construction de la tour de Babel allaient reprendre, et qu’une telle offre d’emploi s’affichait, il y aurait un Colombien qui pouvait soumettre sa candidature. Ce n’est certainement pas moi!

 

Y a-t-il un nombre limité de langues qu'un être humain peut apprendre? Ou la seule limite est-elle le (manque de) temps – et pas juste pour apprendre des langues? Qui est l’humain dans l’histoire à avoir parlé le plus de langues?

 

Il semble que les systèmes informatiques de traitement des langues naturelles n'ont pas de difficulté à traiter plusieurs langues en même temps : Google Translate, même s’il ne nous impressionne pas beaucoup, a la capacité de reconnaitre plus de 60 langues et de proposer des traductions automatiques dans toutes ces langues; WeBiText nous offre la possibilité de chercher des termes dans des corpus parallèles à partir de et vers une trentaine de langues.

 

Or, pour ce qui est des êtres humains, aucune étude à ce jour ne semble avoir conclu qu’on ne peut pas apprendre autant de langues que l’on souhaite. On peut, si l’on veut, devenir collectionneur de langues. Devenir hyperpolyglotte, par pur plaisir.

 

Il est à remarquer que la plupart des hyperpolyglottes n’ont pas consacré leur vie uniquement à l’apprentissage de langues. Ce sont des personnes qualifiées dans d’autres domaines, possédant de multiples talents et souvent ayant occupé des postes importants dans les gouvernements, les universités et l’Église.

 

Le Colombien Alvaro Ruiz est docteur en médecine, professeur et chercheur en épidémiologie clinique, violoniste, et est compétent dans au moins 28 langues : « Les langues sont mon délire », déclare-t-il. Il connait des langues aussi lointaines que le sanscrit et le tibétain, mais parfois éprouve de la difficulté à rencontrer quelqu’un avec qui les pratiquer.

 

On croit que les deux plus grands hyperpolyglottes de l’histoire furent Giuseppe Caspar Mezzofanti (1774-1849) et John Bowring (1792-1872), qui étaient respectivement cardinal et homme politique et parlaient respectivement 72 et 100 langues. Du moins, c’est ce que l’on dit… (Trouvez-vous cela difficile à croire?)

 

Je commence à découvrir cet univers encore méconnu de l’acquisition des langues. J’ai suivi un cours de maitrise très intéressant ce trimestre qui s’appelle Cognition, communication et compétence linguistique. Nous n’avons parlé d’aucun de ces hyperpolyglottes de l’histoire, mais nous avons étudié, par exemple, le cas de Genie, une jeune fille américaine qui n’a eu contact avec aucune langue jusqu’à son adolescence.

 

Priver quelqu’un d’acquérir une langue maternelle est certainement criminel. Mais il semble que les efforts de plusieurs gouvernements pour l’éducation multilingue font aussi l’objet de controverses : en raison de l’impossibilité pour les humains d'acquérir toutes les langues, seulement une dizaine de langues domineraient dans les sociétés dites multilingues… le patrimoine linguistique de la planète serait menacé. Cela veut dire qu’un Brésilien ayant été éduqué en portugais brésilien, en allemand et en espagnol, pourrait communiquer en allemand avec un Cambodgien éduqué en khmer, en allemand et en chinois. Le portugais brésilien et le khmer seraient menacés de disparition…

 

Je vous laisse réfléchir à cette citation tirée de Wikipédia sur le « problème » de l’éducation multilingue : « Ce problème menace la diversité culturelle du monde, en vouant à la disparition un nombre de langues très important, qui consistent pourtant en autant de façons différentes de voir, d'appréhender, de classifier et d'établir des relations entre les choses. On sait en effet que 90 % des langues sont menacées d'extinction, car elles devraient disparaitre d'ici 50 ans. »

 

Et vous, en tant que langagiers et traducteurs, qu’en pensez-vous? S’agit-il d’une menace encore plus effrayante que la traduction automatique?

 

Julian Zapata Rojas