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Julian Zapata Rojas

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Profession : perroquet

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2011-11-13

Si un jour je rencontre quelqu’un qui me dit fièrement : « Je suis perroquet à temps plein », je suis prêt à lui payer une bière. Peut-être même des nachos. Nous aurions beaucoup de choses à parler. (Figurez-vous, les perroquets parlent!) Cette profession connait actuellement un essor très important. Certes, elle est connue dans le marché du travail sous un nom moins amusant, celui de sous-titreur vocal. Mais je suis curieux de savoir si l’appellation de « perroquet » a cessé d’être plutôt dénigrante, comme elle l’était il y a quelques années, utilisée par ceux qui méconnaissaient la véritable nature et la complexité de la profession.

 

La demande mondiale de sous-titrage vocal va en augmentant, et dans le cas canadien, la profession est devenue une nécessité incontournable sous l'effet conjugué d'au moins trois facteurs : le vieillissement de la population – près de 25 % des Canadiens de 75 ans et plus souffrent d'une déficience auditive –, les nouvelles exigences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui impose aux télédiffuseurs de sous-titrer la totalité de leurs émissions aux heures de grande écoute, et la pénurie d'interprètes gestuels et de sténotypistes (voir Delisle 2009).

 

Les sous-titreurs simultanés, même s’ils ne réalisent aucun transfert interlinguistique, n’ont pas un travail moins complexe que les interprètes. D’abord, ils travaillent aussi dans une enceinte insonorisée avec casque d'écoute et micro. Souvent, ils travaillent en tandem, se relayant toutes les vingt minutes, comme le font les interprètes de conférence. Finalement, ils ont besoin d’une haute capacité de concentration, de coordination et de vivacité d’esprit. Bref, les interprètes seraient plutôt malvenus de regarder de haut les sous-titreurs et de les affubler du surnom de « perroquet ». De fait, dans l'Égypte ancienne, c'est justement cet animal qui servait à représenter la profession d’interprète (ibid.).

 

En Europe, le sous-titrage vocal est aussi une profession en émergence et fait l’objet de beaucoup de recherche et d'investissements. Le professeur Pablo Romero-Fresco, de l’université de Roehampton, au Royaume-Uni, a publié récemment l’ouvrage Subtitling through Speech Recognition: Respeaking, une méthode pédagogique (livre + DVD) à l’attention des étudiants et des langagiers intéressés à acquérir des compétences en sous-titrage avec reconnaissance vocale. L’auteur anime aussi des ateliers partout dans le monde et participe à plusieurs recherches collaboratives dans ce domaine florissant.

 

Je suis vraiment curieux de découvrir en profondeur cette nouvelle profession langagière. J’ai déjà mis de côté un petit budget dans mon portefeuille pour ce jour où je rencontrerai un sous-titreur vocal professionnel, un fier perroquet à temps plein. Pour pouvoir suivre de près cet oiseau, il me faudra probablement prévoir un autre budget pour apprendre à voler.

 

Je trouve que cette nouvelle pratique, laquelle remplit déjà la belle mission de faciliter l’accès au contenu audiovisuel pour les personnes atteintes d’une déficience auditive, est d’abord une terre fertile pour les recherches actuelles dans les domaines de la traduction et de l’interprétation, de l’enseignement des langues secondes, de la psycholinguistique, des technologies langagières et des télécommunications.

 

Julian Zapata Rojas