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Alain Côté

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Langue japonaise : néologismes et nouvelles logiques

Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2011-10-15

 

Chaque jour, des néologismes surgissent de partout au Japon et le site Yahoo Japan en présente en moyenne deux par jour. Pour ce premier billet sur Linguistech, en voici deux qui tournent autour de l’univers féminin et ne figurent pas – ne figureront peut-être jamais – dans les grands dictionnaires.

 




 

3低結婚 (santei kekkon)

Le mariage aux trois petitesses

Pendant longtemps, les jeunes Japonaises en quête d’un époux se sont intéressées principalement à la « grandeur » des candidats, en ceci qu’elles convoitaient des hommes de grande taille, diplômés d’une grande école et touchant un salaire élevé. Elles appelaient cela faire un « mariage aux trois Kō » (高), ce caractère désignant la hauteur ou la grandeur. Or, bien des Japonaises ont aujourd’hui remplacé ce Kō par son antonyme, Tei (低), car elles perçoivent d’un autre œil le partenaire idéal : un homme à profil bas (qui ne les regarde pas de haut), à faible dépendance (capable de participer aux « basses » tâches domestiques) et à faible risque (comme dans « low risk », donc débrouillard dans la vie même quand l’économie japonaise traverse une période difficile).

ロールキャベツ系男子(rōllukyabetsukeidanshi)

L’homme cigare au chou

Les Japonaises d’aujourd’hui divisent les hommes en deux grandes catégories : les carnivores et les herbivores. Cette néodichotomie populaire fait référence à l’attitude masculine dans sa relation à l’autre sexe. Les carnivores (肉食系) sont donc décrits comme des hommes actifs et fonceurs en amour, tandis que les herbivores (草食系), doux et passifs, font preuve d’un moindre appétit et se laissent souvent prier pour passer à table (lire à l’acte). Dans le Japon d’aujourd’hui, c’est l’homme herbivore qui semble avoir nettement la cote dans le cœur de bien des Japonaises. À un point tel qu’une nouvelle catégorie (linguistique) d’homme a vu le jour : le cigare au chou. On l’aura deviné, l’homme cigare au chou est celui qui, sous une douce enveloppe toute végétale, cache un féroce appétit carnivore.

 

Bien que les carnivores, herbivores et hommes cigare au chou n’aient pas encore trouvé leur place dans les grands dictionnaires japonais, une créatrice de vêtements a eu l’idée de permettre aux plus doux d’entre eux d’afficher leurs couleurs juste avant de se mettre au lit, avec ce sous-vêtement vert qui porte l’inscription « Moi, je suis herbivore ». C’est quand même plus original que « J’ai mal à la tête », non ?

 

 

Alain Côté, Nagareyama

 

8 comments


Fantastique!
Déjà, c'est évident qu'il serait impossible de comprendre ces néologismes et ces références sans l'expérience culturelle, d'où l'importance pour tout traducteur de voyager et d'être ouvert aux autres cultures et de dire "oui" à toute expérience susceptible d'enrichir son bagage culturel.
Retrouve-on souvent ce type de termes dans des textes à traduire? Y a-t-il des stratégies de traduction à préférer ou à éviter devant ces termes?




Retrouve-on souvent ce type de termes dans des textes à traduire? Y a-t-il des stratégies de traduction à préférer ou à éviter devant ces termes?

Je les vois souvent sur les blogues japonais, et ils sont aussi présents dans les magazines populaires. On les retrouve aussi dans Wikipédia, moins frileux que les autres encyclopédies. Par contre je n’ai jamais eu à traduire ces termes. Le seul exemple qui me vient à l’esprit : les manga. Là, forcément, on doit les retrouver, mais vous êtes mieux placé que moi pour vérifier, je n’ai pas accès aux manga en version française ici.

Côté stratégie de traduction, j’imagine qu’il faut mettre des NDT un peu partout pour ne perdre le lecteur. Cette difficulté (la barrière culturelle trop élevée), je l’ai souvent rencontrée dans la littérature et j’en parle un peu dans le numéro 103 de la revue Circuit (chronique de Didier Lafond).




Fascinant. Le terme "homme cigare au chou" me fait penser un peu à un terme très fréquent à Vancouver, d'où je viens et où la culture chinoise (et asiatique en général) est très présente. On appelle souvent des Chinois et des Chinoises qui sont très occidentalisés des "Bananas." Donc, on dit, “yellow on the outside, but white on the inside.” Avant c'était un peu péjoratif, mais on dirait que maintenant ce ne l'est plus, c'est dit plutôt en rigolant.

Le terme "homme cigare au chou" a-t-il une connotation quelconque?




La connotation peut être aussi bien négative que positive, car l’expression désigne une duperie (un comportement de renard qui a recours à la ruse pour attirer sa proie), mais dans certains cas on peut tout aussi bien l’utiliser pour exprimer une agréable surprise face à un partenaire à la fois doux... et ferme, if you see what I mean. wink



Are you seeing any "yaeba"? This article made me think of the cabbage-roll man. Now there's the "crooked-tooth woman" to chew up the cabbage-roll man!

http://cocoperez.com/2011-10-25-crooked-teeth-are-the-new-trend-in-japan/?from=PH(external link)

(Please do not judge me for reading PerezHilton.com)




→ Are you seeing any "yaeba"?

Oui, quand je fais une grosse erreur de traduction... ma femme sourit à pleines dents. mrgreen

→ Now there's the "crooked-tooth woman" to chew up the cabbage-roll man!

lol




Lindsay, just so you know, yaeba are actually quite frequent in Japan; I wouldn't call them a new trend, even if adding false teeth and jewels may be.
Googling "teeth in Japan" should give you an idea!




Knowing how much my parents spent on my braces (and how much I suffered physically and socially....) I am disappointed to know that my crooked overbite might have been an asset had I just been born a on the other side of the Pacific.