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Julian Zapata Rojas

Julian Zapata Rojas
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Faire mieux que la machine

Published by Jzapa026@uottawa.ca on 2011-07-19

Je venais de joindre la communauté virtuelle de traducteurs ProZ.com en 2010 alors que je suis tombé sur une offre d’emploi qui s’adaptait à mon profil de traducteur débutant et sans expérience sur ProZ.com, c'est-à-dire sans points dans mon Blue Board (ce qu’ils appellent l’« estimation de la vraisemblance d’une future collaboration »). C’était Andovar, une agence de traduction basée à Singapour à la recherche de traducteurs francophones dans le monde entier prêts à travailler dans la postédition de textes, à un prix plus bas que le prix normalement payé pour des traductions faites entièrement par un humain sans recours à la traduction automatique. J’ai sauté sur l’occasion, puisque je pensais être le candidat idéal : j’avais déjà assez d’expérience de postéditeur dans la fonction publique canadienne et j’étais prêt à me faire payer un peu moins que mon tarif régulier pour ainsi gagner de la visibilité dans le Blue Board de ProZ.com. J’ai passé l’examen et j’ai été accepté. J’avais ainsi un contrat de traduction… en Asie!

 

La postédition, comme vous le savez déjà, est l’intervention humaine sur des textes traduits par traduction automatique. C’est une tentative pour améliorer la performance des systèmes de traduction automatique, puisque ces derniers « apprendraient » des erreurs qu’ils auraient commises, une fois l’humain aurait apporté les changements. Si vous avez déjà utilisé Google Translate, vous avez probablement remarqué que le système vous demande de « proposer une meilleure traduction » sur la page des résultats pour suggérer des corrections. Vous pouvez aussi télécharger vos mémoires de traduction afin que Google puisse les stocker dans ses corpus parallèles multilingues et améliorer les résultats dans l’avenir pour l’ensemble des utilisateurs.

 

C’est aussi une tentative à réduire les coûts de traduction, dans un monde où les besoins de contenu traduit augmentent sans cesse. Faire des petits changements lexicaux et grammaticaux prendrait moins de temps et moins de compétences, croit-on, que traduire des textes en entier. Alors, un postéditeur pourrait être payé moins qu’un traducteur professionnel.

 

La postédition est-elle une menace pour les traducteurs professionnels? Pourrait-elle être privilégiée pour certains types de textes, dans certaines situations traductionnelles? Est-il si simple de réviser des textes complets traduits par une machine? En effet, les résultats d’un système de traduction automatique peuvent être parfois assez impressionnants! Pourtant, on peut ressentir le manque de cohésion, de style et de correspondance lexicale... Dans mon expérience de postéditeur, il y avait des cas où je ne touchais pas du tout aux textes traduits par la machine – ils étaient assez satisfaisants pour le « skopos » du projet de traduction –, il y avait aussi des cas où je ne pouvais pas résister à l’envie de tout supprimer et de recommencer la traduction : « Je peux faire mieux que la machine ».

 

Des projets de recherche sont en cours au CRTL pour évaluer et améliorer la pratique de la postédition. Je suis plutôt optimiste devant cette pratique relativement nouvelle; je ne me sens pas menacé. J’aimerais savoir comment vous vous sentez devant une ère de postédition qui approche à grands pas.

 

Julian Zapata Rojas

 

2 comments


Salut Julian

Ton article est très intéressant.

La postédition me semble assez énervante. J'ai la sensation que nous sommes relégués au rang de simples correcteurs de machines. L'idée que ma formation soit perdue et que je sois moins payé ne m'enchante pas du tout.

Je ne peux m'empêcher de comparer cela à la révolution industrielle; se faire "manger par la machine".

Souvenez-vous de Charlie Chaplin dans Les temps modernes... À force de travailler pour et avec les machines, il devient fou...

Patrick




J’en arrive à envier les charpentiers, parce que personne ne leur demande de postconstruire une maison érigée tout croche par un robot, à envier les chefs de restaurant, parce que personne ne leur demande de postcuisiner un plat gâché par une machine, et à envier les chirurgiens, parce que personne ne leur demande de postopérer (ressusciter) un patient confié d’abord à un boucher. cry