Loading...
 
[Show/Hide Right Column]

Alain Côté


Find:
Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2012-02-14

Bien que le terme japonais nanmin (難民) se traduise généralement par « réfugié », il peut aussi prendre le sens plus large de « victime ». Pris au pied de la lettre (si j’ose dire), les deux caractères qui le composent peuvent aussi se traduire comme suit : personne en difficulté. Le terme japonais peut donc s’appliquer à bien d’autres catégories de personnes que nos habituels réfugiés politiques, réfugiés de la mer ou, plus récemment, réfugiés environnementaux. Il existe ainsi un terme pour les « victimes du retour à la maison » (kitaku nanmin 帰宅難民), lorsqu’une calamité paralyse le réseau routier et le système de transports en commun dans les grands centres urbains. La fréquence relativement élevée de ce type de situation au Japon justifie pleinement la présence du terme dans les dictionnaires.

 

(« Victimes du retour à la maison » à la gare de Shinjuku, Tokyo, le 11 mars 2011. Source)

 

Victimes du retour à la maison... Traduite telle quelle en français, l’expression peut faire sourire. Rien de tel par contre en japonais, où elle désigne — sans chatouiller l’oreille ni écorcher la sensibilité linguistique — toutes ces personnes en difficulté qui doivent passer la nuit dans une gare ou un établissement public (gymnase d’école, centre communautaire, etc.), voire marcher toute la nuit pour retourner à la maison.

 

Le sens plus large que revêt le terme japonais permet aussi de former des néologismes, ce dont les Japonais, toujours friands de nouveautés lexicales, ne se privent surtout pas. Il existe ainsi des victimes de la télévision numérique terrestre (chideji nanmin 地デジ難民), c’est-à-dire des personnes en difficulté parce qu’elles habitent dans une région éloignée où les téléviseurs ne captent pas encore le signal numérique. Il y a aussi des « victimes des ordures ménagères» (gomi nanmin ゴミ難民), le terme désignant ici des personnes âgées très faibles qui, avec l’effritement de la solidarité communautaire dans les banlieues, ne peuvent compter sur personne pour aller déposer leurs sacs de vidanges au point de collecte du pâté de maisons.

 

Dans la même logique, l’imaginaire néologique japonais comprend aussi des victimes de l’essence (gasorin nanmin ガソリン難民), soit parce qu’elles habitent trop loin d’une station-service, soit parce que le prix de l’essence atteint un niveau trop élevé, soit encore parce qu’un désastre naturel empêche le réapprovisionnement des stations-service, comme ce fut le cas dans les jours qui ont suivi le séisme du 11 mars 2011.

 

Mentionnons finalement les victimes des habitations élevées (kôsô nanmin 高層難民), personnes qui se trouvent en difficulté lorsqu’une calamité provoque l’arrêt des ascenseurs. Ce fut le cas en 2005, quand un séisme immobilisa quelque 64 000 ascenseurs à Tokyo et dans les préfectures voisines. Vous en conviendrez, avoir à descendre et remonter une trentaine ou une quarantaine d’étages pour aller chercher un litre de lait au dépanneur n’a rien d’une sinécure. Autant retourner à la campagne chez sa mère pour y trouver refuge.

 

Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2012-01-23

Ayant réussi à convaincre au moins un lecteur (Jzapa) biggrin de l’utilité des raccourcis AutoHotKey sous Windows pour consulter les dicos en ligne, je récidive avec quelques nouvelles suggestions. (J’en profite aussi pour préciser, suite à la question de Jzapa, qu’il est possible de regrouper tous les raccourcis dans un même fichier, pourvu qu’il n’y ait pas de redondances.)

 

  • Caractères spéciaux

Il est possible d’utiliser un raccourci pour saisir des caractères spéciaux. Je le fais personnellement pour les guillemets français quand je traduis dans Excel, car mon clavier japonais n’a pas de guillemets français.

#^,::
Send x{bs}«{ASC 0160}{ASC 0160}»{left 2}
Return

J’utilise ainsi la virgule combinée aux touches Ctrl et Windows pour générer les guillemets. AutoHotKey inscrit les deux guillemets et espaces insécables, puis recule de deux espaces pour se placer au centre (les traducteurs qui utilisent WordfastPro auront peut-être reconnu ici le script de Dominique Pivard). Est-il nécessaire de préciser qu’on peut s’inspirer de cette syntaxe pour créer des raccourcis vers des tas de symboles non accessibles directement sur le clavier? À condition bien sûr d’avoir une bonne mémoire pour gérer mentalement tous les raccourcis, ou de coller une petite liste de raccourcis dans un coin de l’écran. smile

 

  • Taille d’affichage

On peut aussi spécifier la taille de la fenêtre où s’ouvrent les dicos en ligne. Ici, sur mon écran de format panorama, je traduis dans la moitié droite et ouvre les dicos en ligne dans une fenêtre réduite, en haut à gauche. Voici un exemple concret avec un dico japonais en ligne :

#^b::
Send, ^c
word = %clipboard%
Run, http://ejje.weblio.jp/content/%CLIPBOARD%
SetTitleMatchMode, 2
WinMove, Firefox,,,, 900, 900
EXIT

Les quatre virgules consécutives placent la fenêtre dans le coin supérieur gauche de l’écran, et les deux 900 indiquent la taille de la fenêtre. Vous pouvez ajuster ces valeurs en fonction de la taille de votre écran, par essais et erreurs ou en consultant la documentation en ligne d’AutoHotKey (section WinMove).

 

  • Copernic

Je gagne aussi beaucoup de temps pour les recherches sous Copernick Desktop Search, avec le raccourci suivant, qui non seulement lance la recherche, mais ajoute des guillemets au début et à la fin pour lancer une recherche de concordance exacte.

#^c::
Send, ^c
word = %clipboard%
Run, C:\Program Files\Copernic Desktop Search - Home\DesktopSearch.exe
WinWait, Copernic Desktop Search - Home
WinActivate, Copernic Desktop Search - Home
Send "^v"
Send {Enter}
EXIT

 

Et finalement, un dernier petit truc, propre à Firefox cette fois-ci (rien à voir avec le fichier ahk) : pour ne pas accumuler les onglets de dicos sous Firefox, je clique sur Ctrl-W pour les fermer rapidement au lieu d’utiliser la souris).

 

Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2012-01-03

J’ai récemment fait l’essai de SDL Trados Studio 2011. Après une semaine d’utilisation, je suis retourné à WordfastPro, que je trouve plus souple, plus léger et généralement plus simple à utiliser. Si j’évoque SDL Trados, c’est que j’y ai fait l’expérience d’un petit « gadget » bien pratique : la consultation de Linguee par un raccourci-clavier, ce qui est plus rapide que

  1. copier les mots dans le presse-papiers;
  2. aller sur le site de Linguee;
  3. y coller le contenu du presse-papiers.

 

Sous SDL, ce gadget avait ses petits caprices (fonctionne, fonctionne pas, fonctionne, fonctionne pas), mais l’idée est quand même excellente et je me suis demandé s’il n’était pas possible de l’adapter à d’autres logiciels.

 

L’utilitaire AutoHotKey permet de réaliser l’exploit... sans caprices de fonctionnement. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est un script de Dominique Pivard pour l’insertion automatique d’espaces insécables et de guillemets français sous WordfastPro. En m’inspirant de son idée et en fouillant un peu dans le forum d’AutoHotKey, j’ai créé d’autres scripts qui permettent de consulter les termes anglais dans Linguee, WordReference et Termium.

 

Pour les utiliser, rien de plus simple : installez AutoHotKey et lancez les scripts ci-dessous après les avoir copiés dans des fichiers auxquels vous donnerez l’extension « ahk ».

 

Script de Linguee (Ctrl-Windows l)

#^l::
    Send, ^c
    word = %clipboard%
Run, http://www.linguee.com/english-french/?source=auto&query=%CLIPBOARD%&
EXIT

Note : « #^l » signifie qu’il faut maintenir enfoncées les touches Ctrl-Windows et appuyer sur « l » (la première lettre de Linguee).

 

Script de WordReference (Ctrl-Windows w)

#^w::
    Send, ^c
    word = %clipboard%
Run, http://www.wordreference.com/enfr/%CLIPBOARD%
EXIT

 

Script de Termium (Ctrl-Windows t)

#^t::
    Send, ^c
    word = %clipboard%
Run, http://www.termiumplus.gc.ca/tpv2alpha/alpha-fra.html?lang=fra&srchtxt=%CLIPBOARD%&i=&index=enw&__index=enw&comencsrch.x=0&comencsrch.y=0
EXIT

 

Pour des raisons pratiques, j’ai placé ces trois fichiers sur le bureau de Windows, et je n’ai qu’à cliquer dessus avec le bouton droit de la souris pour sélectionner Run Script. Chaque script activé se retrouve dans la barre des tâches de Windows. Vous commencez ensuite votre traduction dans le logiciel de votre choix, et quand vous tombez sur un terme anglais à vérifier, vous utilisez le raccourci-clavier de Linguee, WordReference ou Termium. Il est évidemment possible d’adapter ces petits scripts en spécifiant un raccourci-clavier différent sur la première ligne de code (j’ai choisi Ctrl-Windows pour éviter les conflits avec les autres raccourcis de Windows et des logiciels), ou en modifiant la langue de recherche (en observant bien le script vous verrez que c’est très explicite). Et finalement, vous pouvez aussi bien sûr vous inspirer de ce qui précède pour créer vos propres scripts.

 

***

Mise à jour : Pour ceux qui travaillent de l’anglais au français, j’ai regroupé tous les raccourcis dans un même fichier. Ce fichier contient aussi un raccourci vers TradooIT (Ctrl-Windows i). Cliquez ici avec le bouton droit de la souris pour sauvegarder ce fichier avec l’extension « ahk ». Si vous le modifiez, pensez à le sauvegarder en format « Unicode » dans le bloc-notes de Windows; si vous le sauvegardez en format utf-8, le raccourci de TradooIT ne fonctionnera pas.

 

Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2011-10-18

 

Bien que complexe, le système d’écriture japonais se prête à merveille au gazouillement électronique. Kenri Umezaki en sait quelque chose. Lauréat en 2010 d’un des dix prix remis aux créateurs des meilleurs néologismes ou expressions populaires de l’année, il a en quelque sorte bouleversé la twitosphère nippone en inventant le mot なう, transcription phonétique approximative de l’anglais « now ». Ce なう (prononcé na-ou) , se juxtapose au tweet (généralement à la fin d’une phrase) pour indiquer de manière succincte une action en cours ou un état présent. Voici deux exemples, avec le nombre de caractères (et d’espaces) indiqué entre parenthèses.



Japonais ordinaire →   今、カナダにいます (9)

Français → Je suis présentement au Canada (30)

Gazouillement → カナダなう (5)

Imitation du gazouillement japonais → Canada now (10)



Japonais ordinaire →  今、ジョギングをしています (13)

Français → Je suis en train de faire du jogging (37)

Gazouillement japonais → ジョギングなう (7)

Imitation du gazouillement japonais → Jogging now (11)

 

Sur la photo ci-dessus, le lauréat brandit fièrement sa tablette électronique où l’on peut lire 受賞なう (jushō nau), ce qui exprime en quatre caractères et avec un humour de circonstance : « Je suis en train de recevoir un prix. »

 

*****

Dans l’univers fourmillant des néologismes japonais, je vous présente aujourd’hui deux homophones : 婚活 et 根活. Le premier, 婚活 (kon katsu, prononcé conne quat' sous), est la forme abrégée de 結婚活動 (kekkon katsudō), expression qui désigne la préparation au mariage, c’est-à-dire les activités ou efforts déployés pour faire un bon mariage. Ces efforts varient d’une personne à l’autre et d’un sexe à l’autre. On pourra ainsi suivre des cours de perfectionnement et soigner son apparence pour attirer de meilleurs candidats au mariage, chercher un emploi mieux rémunéré pour faire miroiter un avenir plus serein, bref la préparation au mariage consiste à ne pas rester inactif en attendant sa princesse ou son prince charmant.


Le chandail que voici permet même d’indiquer clairement, sous forme de gazouillement, que l’on se trouve en « Préparation au mariage now ».

 

Le néologisme que nous venons de voir, proposé en 2007 par le sociologue japonais Masahiro Yamada, a donné lieu par la suite à l’apparition d’un homophone, 根活, qui désigne dans l’humour populaire des masses moins instruites mais pas forcément moins ingénieuses, les activités dédiées à la racine des cheveux, le 婚 (kon) de mariage ayant été remplacé par le 根 (kon) de racine (la langue japonaise regorge de caractères chinois qui ont la même prononciation). Forme abrégée de 毛根維持活動 (mōkon iji katsudō), ce néologisme ludique désigne les « activités de maintien de la racine des cheveux », c’est-à-dire l’utilisation de lotions capillaires ou le recours à la greffe de cheveux. Une façon comme une autre, par ailleurs, de se préparer à un deuxième ou troisième mariage...

 

Alain Côté, sending this text now.

 

Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2011-10-15

 

Chaque jour, des néologismes surgissent de partout au Japon et le site Yahoo Japan en présente en moyenne deux par jour. Pour ce premier billet sur Linguistech, en voici deux qui tournent autour de l’univers féminin et ne figurent pas – ne figureront peut-être jamais – dans les grands dictionnaires.

 




 

3低結婚 (santei kekkon)

Le mariage aux trois petitesses

Pendant longtemps, les jeunes Japonaises en quête d’un époux se sont intéressées principalement à la « grandeur » des candidats, en ceci qu’elles convoitaient des hommes de grande taille, diplômés d’une grande école et touchant un salaire élevé. Elles appelaient cela faire un « mariage aux trois Kō » (高), ce caractère désignant la hauteur ou la grandeur. Or, bien des Japonaises ont aujourd’hui remplacé ce Kō par son antonyme, Tei (低), car elles perçoivent d’un autre œil le partenaire idéal : un homme à profil bas (qui ne les regarde pas de haut), à faible dépendance (capable de participer aux « basses » tâches domestiques) et à faible risque (comme dans « low risk », donc débrouillard dans la vie même quand l’économie japonaise traverse une période difficile).

ロールキャベツ系男子(rōllukyabetsukeidanshi)

L’homme cigare au chou

Les Japonaises d’aujourd’hui divisent les hommes en deux grandes catégories : les carnivores et les herbivores. Cette néodichotomie populaire fait référence à l’attitude masculine dans sa relation à l’autre sexe. Les carnivores (肉食系) sont donc décrits comme des hommes actifs et fonceurs en amour, tandis que les herbivores (草食系), doux et passifs, font preuve d’un moindre appétit et se laissent souvent prier pour passer à table (lire à l’acte). Dans le Japon d’aujourd’hui, c’est l’homme herbivore qui semble avoir nettement la cote dans le cœur de bien des Japonaises. À un point tel qu’une nouvelle catégorie (linguistique) d’homme a vu le jour : le cigare au chou. On l’aura deviné, l’homme cigare au chou est celui qui, sous une douce enveloppe toute végétale, cache un féroce appétit carnivore.

 

Bien que les carnivores, herbivores et hommes cigare au chou n’aient pas encore trouvé leur place dans les grands dictionnaires japonais, une créatrice de vêtements a eu l’idée de permettre aux plus doux d’entre eux d’afficher leurs couleurs juste avant de se mettre au lit, avec ce sous-vêtement vert qui porte l’inscription « Moi, je suis herbivore ». C’est quand même plus original que « J’ai mal à la tête », non ?

 

 

Alain Côté, Nagareyama

 

Alain Côté
Read Blog
View Profile
Published by alain@ka3.koalanet.ne.jp on 2011-10-14

PrésentationJe suis un traducteur québécois isolé en plein cœur de la foultitude nippone, dans une petite ville tout juste hors de portée des tentacules urbaines de la grande capitale japonaise, Tokyo. Après un premier séjour d’études anthropologiques sur l’archipel en 1992-94, j’y suis revenu en 1997 pour la même raison et, sans le savoir, pour de bon.

 

Je suis entré dans la profession un peu par accident. En 1999, une petite annonce de journal est venue me chatouiller l’iris alors que ma bourse d’étude tirait à sa fin. Une petite agence cherchait quelqu’un pour traduire le texte d’un consultant japonais, un rapport technique sur la construction d’une école primaire en Afrique. Un navire de pêche a suivi, puis un pont, bref toute une série de projets japonais d’aide financière au développement en Afrique. Quand, le dos courbé par les années, j’ai finalement levé les yeux de mon écran d’ordinateur, j’avais une femme à mes côtés, un petit garçon dans les bras et une lourde hypothèque sur les épaules. Certains clients disent que je possède bien mon métier, mais j’ai souvent l’impression que c’est tout le contraire : le métier m’a bien eu. surprise

 

Comme blogueur, je sors un peu des poussières. Les premières sont celles de Nipponica Blogula, où je traitais de tout et de rien, avec une préférence marquée pour les questions de langue et la traduction de petites BD japonaises trouvées ici et là sur les sites de blogueurs-dessinateurs. Les deuxièmes sont celles de Jets d’encre du Japon – un blogue qui tache un peu les yeux –, où j’ai ajouté aux traductions de manga amateurs quelques billets consacrés à la littérature populaire japonaise (surtout des polars et des nouvelles fantastiques) et aux néologismes plus ou moins loufoques qui jaillissent chaque jour sur l’archipel nippon.

 

Je consacrerai ce nouveau blogue sur LinguisTech à la langue japonaise, non pas pour des lecteurs japonophiles en quête de nipponeries exotiques, mais pour des traducteurs canadiens en herbe ou déjà bien enracinés dans la profession. À 48 ans, déjà plus très jeune sans être tout à fait sénile, je suis un peu dur d’oreille, mais malgré la distance nous devrions bien nous entendre. Yoroshiku onegaishimasu (formule de politesse japonaise extrêmement vague, qu’on utilise dans la vie quotidienne pour prier les gens d’être aimables, bien attentionnés, bienveillants ou simplement gentils avec soi).