Chargement...
 

CAPSULE LINGUISTIQUE

 


 

DIFFÉRENCE ENTRE « PARTIR » ET « QUITTER »

 


 

Peut-on employer ces deux termes dans les mêmes contextes?

 

Les verbes « quitter » et « partir » ont en commun le sens de « s’en aller ». Toutefois, utilisés dans ce sens, une caractéristique les différencie : ils n’ont pas le même régimeDans le Dictionnaire de linguistique (2001), on définit le terme « régime » comme un mot ou une suite de mots (noms ou pronoms) qui dépend grammaticalement d’un autre mot de la phrase. Par exemple, on dira que dans la phrase « Pierre lit le journal », « le journal », complément d’objet, est le régime de « lit ». . Nous ne pouvons pas les utiliser dans le même contexte.

 

D’une part, le verbe « quitter » peut être transitifLes verbes transitifs directs introduisent un complément direct. (Nous pouvons répondre aux questions « qui? » ou « quoi? » après le verbe. Exemple : Elle mange une pomme - Elle mange « quoi? » une pomme = « mange » est donc un verbe transitif direct dans cette phrase.) Les verbes transitifs indirects introduisent un complément indirect. (Nous pouvons répondre aux questions « à qui? », « à quoi? », « de qui? », « de quoi? » après le verbe. Exemple : Il parle à son père - Il parle « à qui? » à son père = « parle » est donc un verbe transitif indirect dans cette phrase.) et pronominalUn verbe pronominal est un verbe précédé de deux pronoms de la même personne. Exemple : Il se réveille tôt. Dans cette phrase, le verbe « réveiller » est un verbe pronominal parce qu’il est précédé de deux pronoms de la même personne « Il : pronom personnel sujet à la 3e personne du singulier » et « se : pronom personnel complément à la 3e personne du singulier ». Le premier pronom peut être remplacé par un nom comme dans « Marie se réveille tôt ». Dans cette phrase, « Marie » est un nom propre à la 3e personne du singulier et « se » est un pronom personnel complément à la 3e personne du singulier. Dans la phrase suivante, le verbe n’est pas pronominal : Nous lui avons donné. Le verbe conjugué « avons donné » n’est pas un verbe pronominal parce qu’il n’est pas précédé de deux pronoms de la même personne. En effet, « nous » est un pronom personnel sujet à la 2e personne du singulier et « lui » est un pronom personnel complément à la 3e personne du singulier. , la forme intransitive étant maintenant considérée comme vieillie.

 

Nous pouvons dire et écrire :

 

  • Elle a quitté son pays. (Elle a quitté « quoi? » son pays. Dans cette phrase, le verbe « quitter » est transitif direct.)
  • Ils se sont finalement quittés à l'aurore. (Ils ont quitté « qui? » « se », lequel représente « ils ». À la forme pronominale, le pronom réfléchi tient lieu de complément.)

 

Toutefois, nous ne pouvons dire ni écrire :

 

  • Ils ont quitté il y a dix minutes. (Ils ont quitté « qui? » Nous n'avons pas de réponse à cette question. Ils ont quitté « quoi? » Nous n'avons pas de réponse à cette question non plus. La phrase est fautive parce qu'aucun complément direct n'est lié au verbe « quitté ».)

 

D’autre part, le verbe « partir » peut seulement être intransitifLes verbes intransitifs n’admettent pas de complément direct ni de complément indirect – seulement des compléments circonstanciels – ou compléments de phrase selon la terminologie de la nouvelle grammaire. (Nous pouvons répondre aux questions « quand? », « comment? », « où? », « pourquoi? » après le verbe. Exemple : Il est arrivé à 20 h - Il est arrivé « quand? » à 20 h = « est arrivé » est donc un verbe intransitif dans cette phrase.) . Il n’admet aucun complément direct ou indirect.

 

Nous pouvons donc dire et écrire :

 

  • Ils sont partis. (Ils sont partis « qui? » Nous n’avons pas de réponse à cette question; Ils sont partis « quoi? » Nous n’avons pas de réponse à cette question. La phrase est grammaticalement correcte parce qu’aucun complément direct ou indirect n’est lié au verbe « partis ».
  • Ils partiront tard. (Ils partiront « quand? » tard, « tard » étant le complément circonstanciel – complément de phrase selon la terminologie de la nouvelle grammaire. La phrase est correcte parce qu’il n’y a aucun complément direct ou indirect lié au verbe. En effet, si nous posons les questions « Ils partiront qui? », « Ils partiront quoi? », « Ils partiront à qui? », « Ils partiront à quoi?, « Ils partiront de qui? », « Ils partiront de quoi? », nous n’avons pas de réponse à ces questions.)

 

Cependant, nous ne pouvons dire ni écrire :

 

  • Elles ont parti des rumeurs à son sujet. (Ils ont parti « quoi? » des rumeurs, « des rumeurs » étant le complément direct du verbe « ont parti ». Comme le verbe partir est intransitif et qu’il n’admet pas de complément direct ou indirect lié au verbe, cette phrase est fautive.)

 

Lorsqu’il est employé transitivement, le verbe « partir » est un anglicisme, comme dans « partir une conversation », « partir des rumeurs », « partir une mode », « partir sa voiture », etc.

 

 


 

BIBLIOGRAPHIE

 


 

de Villers, M.-É. (2003). Multidictionnaire de la langue française (4e éd.). Montréal : Québec Amérique. 1 542 p.

 

Dubois, J. & al. (2001). Dictionnaire de linguistique. Paris : Larousse. 514 p.

 

Grevisse, M., Goosse, A. (2007). Le bon usage (14e éd.). Bruxelles : Duculot. 1 600 p.

 

Robert, P. (2006). Le Petit Robert : dictionnaire de la langue française. Paris : Le Robert. 2 949 p.

 

Office québécois de la langue française. (s.d.). Consulté le 13 juillet 2011, sur http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?t1=1&id=4114

 

Office québécois de la langue française. (s.d.). Consulté le 13 juillet 2011, sur http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?t1=1&id=3904

 

Office québécois de la langue française. (s.d.). Consulté le 13 juillet 2011, sur http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?t1=1&id=2194



 

Conceptrice : Brigitte Murray

Mise en ligne : Camille Pichette-Cécyre